Fiche

Responsable : 
Laurence Murat
Période de fouille : 
du 27 novembre au 8 décembre 2006, du 15 au 31 octobre 2007, et du 7 janvier au 4 février 2010 (fouille les 7-8 janvier, du 18 au 22 janvier, et du 1er au 4 février 2010)
Maître d'ouvrage : 
commune de Nant
Localité : 
Nant (Aveyron)
Type d'opération : 
Période : 
, ,

Résumé

Nant est un bourg installé au pied du plateau du Larzac, dans la vallée de la Dourbie. Son abbatiale Saint-Pierre est un monument emblématique de l’art roman en Aveyron. La place des Cloîtres se présente comme une grande esplanade nue – à l’exception d’un arbre –, revêtue de bitume, entourée par l’abbatiale et par des propriétés privées, et bordée par des rues (fig. 1).

Dans le cadre d’un projet de mise en valeur du bourg, la place des Cloîtres devait être entièrement réaménagée. Le sous-sol étant impacté par les travaux projetés, le service régional de l’Archéologie a souhaité qu’une opération de sondage archéologique soit menée en amont. L’intervention s’est déroulée en deux temps (fig. 1). En 2006, quatre sondages ont été ouverts à l’emplacement supposé de chaque galerie du cloître. En 2007, l’ensemble de la place a fait l’objet d’un décapage de surface.

En 2010, le système de chauffage de l’abbatiale devait être changé. Le sous-sol de la nef étant en partie concerné par les travaux d’enfouissement du nouvel équipement, le service régional de l’Archéologie a souhaité que soit réalisée une intervention archéologique préalable. La fouille a consisté à mettre au jour les vestiges compris dans un large sondage (fig. 1).

Malgré les limites inhérentes à ce type d’interventions, il a été possible de mener à bien les missions prévues et de retracer l’évolution chronologique dans chacun des secteurs explorés.

 

L’abbatiale Saint-Pierre

Douze étapes dans l’évolution de ce secteur ont pu être mises en évidence.

La construction primitive de la nef, dans les années 1080-1090, semble avoir été précédée de travaux d’égalisation de la surface du substrat. Les maçonneries correspondantes sont caractéristiques du premier art roman (fig. 2).

Les piles situées entre transept et nef sont reprises, le plan du chevet étant désormais légèrement désaxé par rapport à la nef (fig. 1). Cette phase de reconstruction est peut-être intervenue dans le 2e quart du XIIe siècle, suite à l’accession de l’établissement au statut d’abbaye en 1116.

Une sépulture a été mise au jour dans le collatéral nord. Le squelette, en apparence complet, est néanmoins très perturbé (fig. 3). Le remplissage de la fosse contient un mobilier céramique datable du Moyen Âge central.

Un sol de terre battue probablement en usage dès la phase de construction primitive reconnue a été mis au jour.

Un drain est installé dans le collatéral nord (fig. 4).

Une phase d’occupation est matérialisée par un dépôt limoneux accumulé au fond du drain.

La chapelle Sainte-Germaine est construite en 1804, entrainant le démantèlement du mur gouttereau de la nef.

Le dallage actuel de la nef, mis en place en 1846, a provoqué l’abandon du drain.

Une sépulture est installée entre les piles qui séparent nef et bas-côté (fig. 5). La décomposition s’est opérée en espace vide, peut-être en linceul, et en cercueil. Il s’agit d’un sujet adulte, complet et en connexion.

La chaudière qui occupe la chapelle Sainte-Germaine a été installée dans les années 1960. La chapelle est alors fermée d’un mur où s’ouvrent des bouches pour le chauffage (fig.2).

 

La place des Cloîtres

Treize phases de l’évolution de l’ensemble bâti dans ce secteur ont pu être mises en évidence.

La surface du substrat présente un niveau d’apparition bien plus bas que dans l’abbatiale, ce qui suggère l’occurence d’un décaissement général.

Les parties basses du mur sud du transept semblent appartenir à son état primitif, attribué aux années 1070.

Les fondations du mur gouttereau de la nef, épaulée de contreforts, sont attribuées aux années 1080-1090 (fig. 6).

De rares et fragiles indices pourraient éventuellement renvoyer à un premier état du cloître.

Avant 1319, deux chapelles sont mises en place sur le flanc sud de l’édifice (fig.1). Une troisième extension accolée au sud du massif occidental a vraisemblablement été édifiée durant la même phase de réaménagement (fig. 1).

L’édification du cloître s’est opérée en trois étapes (fig.7). Des travaux d’assainissement ont d’abord été réalisés. Puis les bâtiments conventuels ont été mis en place. Enfin, les galeries du cloître ont été construites. De nombreuses structures de drainage ont été mises au jour. Comme dans l’abbatiale, ces conduites se présentent comme des canaux formés de parois latérales en moellons, recouvertes de dalles de calcaire. Le sous-sol de chaque galerie devait être muni d’un drain. Un drain longe ainsi le mur bahut occidental à l’est, à distance. Il aboutissait vraisemblablement dans une conduite principale également collectrice du drain de la galerie orientale. Un dernier drain a été mis au jour à l’angle sud-ouest du jardin du cloître, à une profondeur bien plus importante. Les maçonneries des bâtiments ouest et est ont été en partie mises au jour. Il n’existait pas de bâtiment au nord et le bâtiment sud n’a pas été reconnu malgré l’ouverture d’un sondage sur le tracé supposé de son mur nord. Aucun indice ne nous est parvenu en ce qui concerne la fonction des bâtiments mis au jour, mais on peut supposer qu’un plan bénédictin « type » avait été adopté. Le bâtiment occidental n’était pas au contact de l’église en partie basse. Il en était peut-être séparé par un passage donnant directement accès au cloître depuis l’extérieur. Le bâtiment oriental a été peu observé, étant en partie repris en fondation d’un bâtiment tardif encore en élévation et largement enduit. Deux fenêtres réduites ont néanmoins permis de reconnaitre l’emplacement et l’épaisseur de ses murs gouttereaux et l’existence d’un mur de refend dans sa portion nord, séparant probablement la sacristie de la salle capitulaire. Le mur est du bâtiment était vraisemblablement scandé de contreforts. Les quatre portions du mur bahut ont été mises au jour presqu’intégralement. Elles sont inégalement conservées. À l’ouest, les fondations de quatre supports massifs ont été reconnues. Elles laissent penser que la galerie du cloître, comprise au sein du bâtiment ouest, était surmontée d’un étage, ce qui ne semble pas avoir été le cas des autres galeries. Le long de ces dernières sont installées les bases de supports moins massifs, portant probablement simplement la charpente des galeries. Le mur bahut sud présente une singularité : il a été mis en place en deux étapes. Le sol des galeries a été intégralement mis au jour sur l’emprise de la fouille. Il s’agit d’un pavage constitué d’éléments de calcaire disposés en rangées convergeant vers une bande centrale longitudinale.

Une sépulture installée le long du mur bahut occidental matérialise une phase d’occupation du cloître postérieure aux XVe-XVIe siècles d’après le mobilier céramique collecté au sein du remplissage de la fosse. L’individu a été disposé sur le dos, tête au nord, probablement en linceul et en cercueil (fig. 8). Les auteurs considèrent que l’établissement a été relativement épargné par la guerre de Cent Ans. Malgré tout, un texte signale en 1451 que l’abbé « laisse s’accumuler les ruines ». En 1564, le cloître et les bâtiments monastiques sont en tout cas détruits.

Une importante campagne de récupération de matériaux est menée à bien. Elle concerne les maçonneries des bâtiments conventuels est et ouest comme l’ensemble des murs bahuts du cloître (fig. 7). Les déblais en résultant contiennent un mobilier céramique qui n’est pas antérieur au XIXe siècle.

Une fine chape préparatoire de sol a été identifiée au sein du bâtiment oriental, au nord. Elle est au même niveau que le sol de la galerie du cloître. Elle semble avoir servi directement de niveau de circulation avant qu’un incendie ne détruise l’édifice.

Suite à la destruction de la chapelle sud de la première travée en 1785, la chaine d’angle sud-ouest de la chapelle conservée immédiatement à l’est de cette dernière est mise en place (fig. 6). L’ancien refend entre les deux chapelles lui sert désormais de mur occidental. Une nouvelle annexe est construite dans l’axe du massif occidental en 1805 (fig. 1). La même année, une autre chapelle est édifiée à l’est de la chapelle conservée (fig. 1). Le bâtiment oriental est en partie remonté.

L’espace laissé vacant par la destruction de la chapelle du XIVe siècle est investi par un aménagement mal circonscrit, probablement un appentis. Après l’abandon de cet abri, l’espace est transformé en « bac à fleurs » (fig. 6).

Une phase de remblaiement marque l’abandon des pavages des galeries, désormais enfouis. Sa nature organique laisse penser que cet espace est dès lors en herbe. Cette couche recèle un mobilier céramique attribuable aux XIXe-XXe siècles.

Pour finir, divers réseaux contemporains ont été découverts à une profondeur limitée (fig. 7). Ils sont pour la plupart antérieurs au dernier revêtement de chaussée reconnu, une couche de bitume. Un canal dont la mise en œuvre est identique à celle des drains identifiés dans le sous-sol du cloître coupe les vestiges des murs bahuts ouest et sud, immédiatement sous le revêtement de chaussée actuel. Il est encore en activité.

Si ces interventions ont apporté diverses informations inédites, il convient de souligner l’incomplétude des investigations menées et les perspectives d’études à envisager pour mieux documenter cet ensemble monastique méconnu.

 

Laurence Murat