Fiche

Responsable : 
Jérôme HÉNIQUE
Période de fouille : 
2008, 2011-2016
Maître d'ouvrage : 
Syndicat mixte pour la sauvegarde du site gallo-romain de Cheberne.
Localité : 
Néris-les-Bains (Allier)
Type d'opération : 
Période : 

Résumé

2008

Fouillé depuis 1980, le site est localisé à la périphérie immédiate de l’agglomération secondaire antique de Neriomagus / Aquae-Neri(i) (Néris-les-bains). Suite à de nouveaux sondages archéologiques positifs réalisés en 2007 aux abords de l’édifice balnéaire gallo-romain (Haut Empire), une nouvelle fouille programmée a été autorisée par le Service régional de l’archéologie pour l’année 2008. Celle-ci devait s’attacher d’une part à poursuivre l’étude de l’édifice balnéaire et, d’autre part, à explorer les abords ouest de celui-ci où la présence de vestiges bâtis pouvant appartenir à un ensemble résidentiel gallo-romain furent signalés dès le XIXe siècle. L’hypothèse retenue à l’issue des sondages de 2007 était celle de la présence de l’aile méridionale – à vocation résidentielle – d’une grande demeure aristocratique. Dans le cadre d’un programme de formation, établi dans le projet scientifique de l’opération, dix étudiants ont participé à la campagne de fouille.

Le premier objectif fixé pour le programme 2008 était d’explorer et identifier la salle chauffée accolée sur le flanc nord du caldarium. La fouille a permis de circonscrire ses limites, d’étudier la stratigraphie et les substructures. La pièce, dont seules les fondations sont conservées, présente un plan rectangulaire et est cantonnée de massifs d’angle internes. Elle occupe une surface de près de 50 m². Les massifs de cantonnements confèrent à l’espace un plan cruciforme en ménageant sur les façades est et ouest des espaces rectangulaires en renfoncement. Ces massifs posent la question d’un possible voûtement de la pièce ou de l’existence de petits bassins dans ces renfoncements. Plusieurs pilettes du système de chauffage par hypocauste sont conservées. Aucune salle de chauffe située à l’arrière de la pièce n’a été mise en évidence. La présence d’un conduit de chauffe aménagé dans l’épaisseur du mur mitoyen avec le caldarium indique un chauffage indirect depuis le praefurnium. Par conséquent la pièce 33 constitue très vraisemblablement la salle tiède des bains, le tepidarium. Sur le flanc nord de celui-ci, en bordure de la fouille, deux nouvelles pièces ont été mises en évidence, mais les fenêtres de fouille n’ont pas permis d’en circonscrire les limites. Ces nouveaux espaces pourraient, selon les schémas théoriques de la circulation balnéaire, avoir regroupé les activités du bain froid et l’apodyterium (vestiaire).
Les données chronologiques convergent vers une construction dans la seconde moitié du Ier siècle ap. J.-C. L’édifice semble connaître au IIe siècle une restructuration importante qui voit la destruction des hypocaustes et l’adjonction sur le flanc sud d’un nouveau bâtiment dont la nature reste indéterminée.

Le second objectif de la campagne 2008 était de reconnaître les abords ouest des thermes où des vestiges appartenant vraisemblablement à un secteur résidentiel avaient été mis en évidence en 2007. Cet objectif a été également largement atteint avec la mise au jour d’un vaste espace, subdivisé en plusieurs pièces, qui semble correspondre à l’aile d’habitation ou de réception méridionale de l’établissement. Cet espace présente un caractère résidentiel très marqué : sols décorés et enduits peints. La fouille du secteur a permis d’observer plusieurs états de construction entre le milieu du Ier siècle ap. J.-C. et le début du IIe siècle. L’abandon définitif de l’établissement est à situer à l’horizon de la fin du IIIe siècle.

Jérôme HÉNIQUE

2011-2016

Cette seconde campagne de fouille programmée fut l’occasion de complé­ter le plan de l’édifice, notamment celui du secteur résidentiel et d’affiner la périodisation générale proposée à l’issue de la première campagne 2008-2009. Elle a également permis de s’affranchir en partie, dans le secteur occi­dental, des explorations anciennes, notamment celle de la fin du XIXe siècle et ainsi d’approcher des niveaux sédimentaires en place. La fouille a notam­ment permis de mettre en évidence une phase de réoccupation de l’édifice, vraisemblablement liée à la récupération de matériaux, qui a en grande partie entrainé la disparition des niveaux d’occupation du Haut-Empire.

Au bilan, trois phases principales, s’étalant du début du Ier siècle p.C. jusqu’à l’horizon du Ve siècle ont pu être mises en évidence.

La première (Phase 1), datée de la charnière de notre ère, n’est illustrée dans l’état des investigations que par des vestiges ténus et épars mais pour le moins significatifs des premières occupations du site. Elle est notamment marquée par une petite fosse contenant deux vases miniatures, localisée sous le remblai de fondation du corps de logis primitif (fig. 1).

La deuxième (Phase 2) correspond à la construction d’une vaste demeure de type villa qui présente plusieurs états successifs d’aménagement.

L’état 1, antérieur au IIe siècle p.C., correspond à l’édification du premier corps de bâtiments de la villa (fig. 2).

L’état 2, daté de la fin du Ier siècle p.C. ou du début du IIe s. , correspond à un agrandissement important de la demeure. Celle-ci se dote d’ailes résiden­tielles articulées autour d’une cour ou d’un jardin et d’un secteur thermal édifié sur son flanc sud-est (fig. 3).

Le troisième état, antérieur au IIIe siècle p.C., correspond à une opération de restructuration de l’habitat et du secteur thermal (état 3). De nouvelles pièces sont créées au sein des espaces antérieurs et les hypocaustes sont détruits concomitamment à l’édification d’un grand bâtiment sur le flanc sud du caldarium (fig. 4).

La troisième phase (Phase 3), quant à elle, correspond à la réoccupation « tar­dive » du site que l’on date entre la fin du IIIe siècle et le début du Ve siècle et qui précède l’abandon définitif des espaces. Elle se traduit notamment par une nouvelle occupation des salles : bouchage d’ouvertures, installations de foyers, consolidation des toitures, etc. Cette dernière phase d’occupation de la villa suburbaine de Cheberne pourrait être liée aux opérations de récupération des maçonneries.

Plus précisément, selon le projet scientifique, la campagne 2011-2012 devait s’attacher à poursuivre l’exploration des parties résidentielles, dans le but notamment de confirmer l’emplacement du « corps de logis oriental » et de rechercher la jonction entre la galerie méridionale et la galerie occidentale (galerie de façade).

La fouille qui s’est déroulée sur près de deux mois entre Juillet et Septembre 2012, a permis de mettre en évidence, immédiatement à l’ouest des espaces de l’aile sud, plusieurs pièces appartenant au corps de logis occidental. Il s’ouvre également vers l’est sur une galerie dont la jonction avec la gale­rie méridionale, bien que profondément percutée par les fouilles anciennes, a été bien identifiée.

Le corps de logis de la demeure occupe une petite terrasse. Un dénivelé positif de près de 50 cm existe entre les sols de l’aile sud et ceux des pièces du corps de logis. Un petit emmarchement (50 cm) permet d’accéder, depuis la galerie méridionale, au corps oriental. Dans l’état actuel des investiga­tions, celui-ci possède, à l’image des espaces de l’aile sud, deux grands états de construction. Le premier état, édifié vraisemblablement vers le milieu du Ier siècle p.C. est formé d’une grande pièce rectangulaire (nord-sud) d’environ 70 m2 dont l’accès s’effectue au sud par une large ouverture (Pièce PCE 175). Les murs sont construits avec des fondations puissantes et les élévations possèdent un appareillage soigné (assises régulières, moel­lons). Une ouverture monumentale vers la galerie est aménagée dans la maçonnerie orientale de la pièce 175. Un massif vient renforcer le dispositif d’accès. L’hypothèse d’une ouverture cantonnée de colonnes a été évoquée. Une série de pièces vient également s’accoler sur le flanc septentrional de la pièce 175 (Pièces 216, 217, 218, 224, 223). Ce développement nécessite le percement d’une porte dans l’angle est dont les vestiges d’un linteau, d’un jambage ou d’un seuil ont été retrouvés effondrés (fig. 5).

À l’horizon du IIIe siècle, l’établissement périclite progressivement. Ce déclin se traduit par le bouchage de certains accès. Ainsi la pièce 217 devient une pièce aveugle. C’est à cette période que l’on note une réoccupation impor­tante des espaces. Elle se traduit par l’installation dans certaines pièces de petits foyers, directement aménagés dans les sols (fig. 6). Dans la pièce 175, une réoccupation importante liée au travail du fer est perceptible. Direc­tement sur les premiers niveaux d’abandon, de petits foyers et des aires de travail sont installés (fig. 7). La fouille a révélé la présence, autour de ces structures, de concentrations de battitures qui témoignent indiscutable­ment en faveur de l’existence d’une petite activité sidérurgique. Les supers­tructures de la demeure sont encore en l’état, les sols sont régulièrement exhaussés et nivelés avec les produits de la destruction. Une dépression marquant un niveau d’activité est, par exemple, comblé avec des fragments d’enduits peints. L’abandon définitif de l’espace semble se produire dans la seconde moitié du IIIe siècle ou dans le courant du IVe siècle (un termi­nus est fourni par un Billon, antoninien de Maximien Hercule, frappé à Lyon en 289. Ref : RIC V-2. Lyon. 454). C’est également dans le courant du IVe siècle p.C ou à l’horizon du Ve siècle que les toitures et une partie des maçonneries s’effondrent (fig. 8) ; terminii fourni par deux monnaies du milieu du IVe siècle retrouvées dans les niveaux d’effondrements.

Jérôme HÉNIQUE