HADÈS Archéologie

La Fouillère

Fiche

  • Responsable : Christophe CALMES
  • Période de fouille : 2012
  • Localité : Linars (Charente)
  • Type d’opération : 
  • Période : 
  • Agence : ATLANTIQUE

Résumé

La fouille réalisée au printemps 2012 sur la commune de Linars (16), lieu-dit La Fouillère, s’inscrit dans le cadre de l’aménagement de la future Ligne à Grande Vitesse Sud-Europe-Atlantique joignant Tours à Bordeaux et fait suite à un diagnostic effectué par Adrien Montigny (Inrap) en 2011. Le site prend place sur une petite hauteur calcaire modelée par les vallées de la Charente et de son affluent local la Nouère. Le terrain naturel est constitué, sur le replat au nord du site, d’une matrice argileuse épaisse et, sur le versant sud, du socle calcaire affleurant.

La fouille a permis de dégager un bâtiment d’habitation ainsi qu’un enclos fossoyé qui le jouxte sur son flanc ouest, avec un retour éventuel aperçu dans l’angle nord-est de l’emprise.

Le bâtiment, qui mesure environ 20 m de long pour une largeur de 6 à 8 m, possède 3 pièces bâties en pierres calcaires. Les vestiges sont mal conservés : les élévations ne sont visibles que sur une seule assise de hauteur en partie ouest, et jusqu’à cinq en partie est (fig. 1).

Plusieurs niveaux de sols ont pu être observés dans une pièce et une tranchée de récupération, vidée dans sa moitié orientale, a révélé un mur de refend qui délimitait un espace dans la pièce. Les sols sont bâtis à même le socle calcaire. Ils se composent d’un niveau argileux, puis d’un radier de pierres calcaires sur lequel reposent des niveaux de terre battue. Plusieurs niveaux de recharge ont pu être observés. L’utilisation du bâtiment comme lieu de vie est attestée pour l’ensemble des trois pièces par la présence de plusieurs foyers. Un aménagement de type cheminée rudimentaire – une simple plaque calcaire verticale adossée au mur séparant deux pièces – a été découverte.

Outre ces sols et foyers, le bâtiment n’a révélé que peu de vestiges : une fosse dépotoir et deux trous de poteau. À l’extérieur du bâtiment, deux petites fosses dépotoirs ont été fouillées. Elles ont livré du mobilier archéologique et des restes de foyers vidangés.

Les résultats des études paléoenvironnementales ont mis en évidence l’existence d’un jardin-verger. Les carpo-restes les plus nombreux appartiennent à la catégorie des fruitiers, notamment les noix. Les analyses de charbons d’une fosse située dans la maison vont dans ce sens : beaucoup de branchettes appartenant à des arbres fruitiers. Les nombreux chablis et autres fosses (fig. 2), présents sur le site et matériellement séparés de l’habitation par un fossé, renforcent l’hypothèse de l’existence d’un verger attenant à la maison.

Les études des mobiliers archéologiques (céramique, métal, monnaie) permettent de dater l’occupation du XIIIe siècle. L’abandon surviendrait au début du siècle suivant. Ces datations sont confirmées par le radiocarbone.

L’étude documentaire n’a pas permis de trouver d’occurrence du site pour l’époque médiévale. Linars apparaît dans les textes à la fin du XIIe siècle. Plusieurs établissements monastiques se partagent ce qui est aujourd’hui le territoire communal : l’abbaye de la Couronne, l’abbaye de Saint-Cybard et l’abbaye de Saint-Auzonne. Le domaine autour du site dépend de l’abbaye de la Couronne (Angoulême). Linars serait peut-être un bourg ecclésiastique, centré autour de son église Saint-Pierre. Le reste du territoire est exploité par des manses qui sont affermés. Une seule mention médiévale de la Fourie a pu être retrouvée. Il s’agit d’une évocation du manse en 1458 que l’on retrouve vers 1650 (fig. 3). À cette époque, ce dernier appartient toujours à la Couronne, mais il dépend du territoire de Chez Siret, petit hameau situé à quelques centaines de mètres à l’est du site et qui doit son nom à un tenancier de la Couronne à la fin du Moyen Âge (1478). Étant donné ce contexte d’habitat dispersé, il se pourrait que le site fouillé ait été implanté sur un (ancien ?) front de défrichement, de nombreux toponymes sur le territoire communal évoquant cet ensemble boisé.

Christophe CALMES