Fiche

Responsable : 
Laure Leroux
Période de fouille : 
2019
Maître d'ouvrage : 
Association Galinières Cisterciens
Localité : 
Pierrefiche-d’Olt (Aveyron)
Type d'opération : 
Période : 
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Résumé

La grange de Galinières, située sur la commune de Pierrefiche d’Olt, dans l’Aveyron, regroupe un ensemble de bâtiments organisés autour d’une cour centrale (fig. a), inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques en 1928, et partiellement classé en 1988. Mentionnée dès le dernier tiers du XIIe siècle, la grange relève de l’abbaye cistercienne de Bonneval, dont l’abbé semble avoir élu résidence à Galinières à la fin du Moyen Âge, jusqu’à son affermage à partir du premier tiers du XVIIe siècle. Démembrée lors de sa vente à la Révolution entre plusieurs propriétaires, le site est encore habité et a fait l’objet de nombreuses restaurations et réfections. Si des sondages avaient accompagné les restaurations des années 1990, aucune analyse archéologique n’avait encore été menée et il n’existait aucun plan précis de l’établissement.

Pour combler cette méconnaissance de l’une des granges cisterciennes les mieux conservées de l’Aveyron, l’association « Galinières Cisterciens », soutenue par la Conservation Régionale des Monuments Historiques, s’est engagée dans un ambitieux programme de recherches, afin de documenter l’architecture du site et ses évolutions, mais également d’éclairer le fonctionnement de l’exploitation domaniale et son environnement. Au regard de l’ampleur du site, cette démarche nécessitait une approche en plusieurs volets. Les investigations menées en 2019 par Hadès se sont attachées en priorité à cerner les principales étapes de construction et d’évolution du bâti, en s’appuyant sur un levé topographique précis couplé à des orthophotographies des élévations.

Le levé topographique a concerné 9 bâtiments (fig. b) : la tour maîtresse, de 30 m de hauteur subdivisée en 6 étages, le logis qui lui est adossé, comprenant quatre niveaux subdivisés par autant de refends, la tour secondaire, surplombant un bâtiment à trois étages, trois logis supplémentaires de 2 à 3 étages, deux annexes agricoles – l’une identifiée comme une bergerie, l’autre comme une grange – une tourelle et deux pans de murs appartenant à des bâtiments disparus. Plus de 50 murs et autant de pièces ont ainsi été topographiés, pour un total non exhaustif de 325 structures architecturales inventoriées.

L’analyse du bâti, malgré des lacunes liées aux restaurations ou à l’inaccessibilité de certaines élévations, aboutit à un phasage sommaire en 6 phases. Les premières décennies d’occupation de la grange, entre le dernier tiers du XIIe siècle et le XIIIe siècle, s’incarnent dans un bâtiment comprenant un vaste espace voûté surmonté d’un étage (fig. c). Dans un second temps, au cours du XIIIe siècle, cet édifice est divisé par un arc doubleau, supportant dans la partie orientale de l’édifice une croisée d’ogives, une partition du volume correspondant peut-être à l’élévation de l’édifice au rang de chapelle. Elle est associée à une puissante tour de plan carré, de plus de 10 m de côté pour 20 m de hauteur, qui pourrait s’apparenter à une tour-grenier, des fonctions de stockage étant attribuées au niveau inférieur tandis que les étages paraissent dédiés à des usages résidentiels. La forte saillie des contreforts enveloppants et la présence d’un escalier à vis laissent supposer l’existence d’un chemin de ronde. À l’une ou l’autre de ces deux phases, semblent se rattacher des pans de maçonneries observés dans le hameau, suggérant l’existence d’autres bâtiments. La troisième phase correspond à d’importants investissements avec l’aménagement de la tour maîtresse et son surhaussement par des élévations de 10 m de hauteur (fig. d), associés à un chemin de ronde en arcades-mâchicoulis, qui semblent empruntés à l’architecture du palais des Papes d’Avignon. Un vaste logis est adossé à la tour, et englobe le pignon de la chapelle, constituant ainsi un front bâti continu. La chapelle est également surhaussée d’une tour de 10 m de hauteur, qui, à l’instar de la tour maîtresse, est couronnée d’un crénelage dont les merlons comportent des archères. Le bâtiment qui lui est perpendiculaire clôture le site à l’est, et comprenait vraisemblablement un hourd sommital. Dans son alignement, vers le sud, est créé un autre bâtiment, dont les baies à coussièges suggèrent des fonctions résidentielles. Le remaniement d’un pan de mur antérieur lors de cette phase semble indiquer l’occupation d’une autre bâtisse, parallèle au logis nord. Cette phase, définie par l’équivalence de typologie des ouvertures, interviendrait dans le dernier tiers du XIVe siècle, au plus tard dans les premières décennies du XVe siècle et obéit à plusieurs considérations : de confort, de défense mais également d’ostentation. Dans la seconde moitié du XVe siècle, les baies et les cheminées du logis nord sont modernisées, de nouveaux étages résidentiels sont créés par un surhaussement de la chapelle. Un autre logis est augmenté d’une imposante tourelle d’escalier en vis (fig. e) et son second étage surhaussé ou remanié. Deux tourelles comportant des ouvertures de tir flanquent les abords méridionaux du site, à la jonction de bâtiments ou pans de murs définissant un plan du hameau fortifié en quadrilatère. La cinquième phase regroupe des créations plus disparates à partir de la fin du XVIe siècle, sous forme d’aménagements intérieurs ponctuels (reprises de baies, décors peints, aménagement d’une caponnière dans une tour d’angle) ou de créations d’annexes liées à l’exploitation agricole tels qu’une bergerie à arcs diaphragmes (fig. f). La sixième phase correspond aux réaménagements de la fin de l’Ancien Régime, avec la création d’une galerie sur la cour intérieure, d’escaliers à volées droites, mais également, suite à la vente de la grange, à la subdivision généralisée des volumes intérieurs par des refends, avec pour conséquence la création de nouveaux accès, fenêtres ou cheminées, propres à chaque pièce.

Cette intervention constitue une première approche globale du site, dont le phasage et la chronologie appellent à être complétées et affinées. L’ampleur du travail de terrain et la priorité concertée donnée à l’enregistrement stratigraphique n’ont pas permis, à ce stade, d’explorer la documentation historique, iconographique ou architecturale. Ces investigations constitueront un axe prioritaire à l’avenir, afin d’éclairer les évolutions du bâti mais également le fonctionnement et l’environnement de ce site d’exploitation domaniale agricole.