Fiche

Responsable : 
Laurent D’AGOSTINO, Évelyne CHAUVIN-DESFLEURS
Période de fouille : 
2011, 2012
Localité : 
Allinges (Haute-Savoie)
Type d'opération : 
Période : 

Résumé

2011

La deuxième année d’étude archéologique des châteaux d’Allinges (Haute-Savoie), réalisée dans le cadre du projet européen AVER – des montagnes de châteaux, s’est attachée à approfondir les recherches entamées en 2010.

La première campagne avait pour objectifs de faire un point sur la documentation conservée, de dresser un état des lieux global des deux sites et, enfin, d’aborder l’analyse archéologique plus fine du bourg castral de Château-Vieux. Celle-ci a permis d’évaluer l’état de conservation des vestiges enfouis sur le secteur du bourg et de recueillir des données inédites sur l’architecture et l’organisation de quelques unes des maisons qui se trouvaient dans son enceinte. Le bilan de cette première campagne de fouilles avait montré l’intérêt archéologique du site de Château-Vieux, tout à la fois « forteresse habitée » et village déserté.

De nombreuses questions restaient néanmoins en suspens et les premières recherches n’ont finalement permis que de dresser un bilan des problématiques relatives à l’occupation des deux sites, à leur architecture, au contexte de la désertion de Château Vieux. L’ampleur des deux châteaux nécessitant de sérier les priorités en fonction des différentes problématiques, plusieurs axes d’analyse ont été suivis lors des interventions de 2011.

D’une part, la documentation générale des deux sites a été enrichie, avec en premier lieu la poursuite du recollement de la documentation iconographique et bibliographique.

En deuxième lieu, si le contexte géographique avait pu être dressé, permettant de situer les deux châteaux dans leur environnement, les problématiques liées aux matériaux de construction et à l’exploitation des ressources locales sous la forme de carrières ont mis en évidence la nécessité de disposer d’une étude géologique et géomorphologique détaillée. En troisième lieu, une prospection géophysique par méthode électrique a été menée sur plusieurs secteurs de Château Neuf et de Château Vieux, avec pour objectif d’évaluer le potentiel du sous-sol par des méthodes non invasives sur des zones où la présence de structures sous-jacentes n’était pas directement visible ou peu lisible à la surface du sol, en particulier le bourg castral et le plain château de Château-Neuf et la cour haute de Château-Vieux.

D’autre part, la poursuite des recherches archéologiques proprement dites a par ailleurs visé à approfondir l’analyse et la compréhension de Château-Vieux. Si l’étude des élévations reste encore très ponctuelle, la base de données 3D réalisée en 2010 a pu être partiellement exploitée, notamment sur le secteur de la cour haute et de la supposée tour maîtresse, dont l’analyse approfondie a été menée parallèlement aux travaux de sécurisation programmés dans le cadre du projet. L’analyse de ce secteur a mis en évidence, non pas une tour maîtresse mais trois phases de construction successives de la courtine de la cour haute, aboutissant à la mise en place d’un puissant mur bouclier face à Château-Neuf. En outre, les fouilles du bourg castral ont été approfondies, de manière à obtenir une vision aussi exhaustive que possible des cellules d’habitat évaluées lors de la première campagne ; l’architecture de ces bâtiments, mais aussi leurs fonctions, leur chronologie et la mise en place du parcellaire font partie des enjeux majeurs de cette recherche. À nouveau, les fouilles menées dans le bourg castral ont été l’occasion d’accueillir dans le cadre d’un chantier école des bénévoles et des stagiaires universitaires et de les former aux méthodes et techniques de l’archéologie de terrain.

L’intervention de l’année 2011 a permis de réaliser des avancées notables dans la connaissance du double site castral d’Allinges. Si les interprétations globales n’en restent qu’à leurs prémices, les recherches sur le terrain ont démenti les hypothèses relatives à la position de la tour maîtresse et renouvelé notre connaissance du système défensif de Château Vieux et de l’enceinte de la cour haute. La topographie du bourg est également mieux connue et, là encore, les informations recueillies sur les bâtiments ouvrent des perspectives jusqu’alors inexplorées sur l’habitat castral médiéval des Alpes du Nord.

Laurent D’AGOSTINO

2012

Dans la perspective de sauvegarde et de mise en valeur des deux châteaux d’Allinges suite à leur classement au titre des Monuments Historiques en 2011, des travaux de restauration et une étude archéologique préventive ont été menés conjointement sur l’enceinte nord est du plain château de Château Neuf. Les observations de terrain visaient principalement à étudier les aménagements défensifs, à identifier les modes de construction et matériaux employés et à déterminer les différentes phases de construction de cette courtine faisant face au front d’attaque de Château Vieux.

Château Neuf se situe à l’extrémité sud ouest d’une crête rocheuse de 714 m d’altitude dominant un plateau au bord du lac Léman près de Thonon-Les Bains en Haute-Savoie. Sur cette crête s’étendant sur environ 500 m de long et 50 m de large, Château Neuf est séparé de Château Vieux au nord est par une dépression de près de 150 m. L’organisation spatiale des deux châteaux a été contrainte par la topographie du lieu. Ils sont structurés de manière quasi identique, délimités en trois grandes zones : les bourgs en contrebas des pentes, les plains châteaux dans les parties intermédiaires et les cours hautes se faisant face en position dominante. de nombreux vestiges médiévaux sont conservés sur Château Neuf malgré son démantèlement en 1703 sur les ordres du Duc de Savoie et les remaniements des années 1830 1840, liés à l’installation des Missionnaires de Saint François de Sales. La compréhension du site est plus ardue que pour son rival, n’ayant fait l’objet d’aucune étude approfondie récente. La chapelle castrale située dans la cour haute, dont la construction est attribuée à la seconde moitié du XIe siècle au moins, est le bâtiment le mieux connu des édifices du château. La vaste plateforme attribuable au plain château ne laisse aujourd’hui percevoir que le tracé de l’enceinte castrale. Certaines courtines ne forment que des garde corps, mais la courtine ayant fait l’objet de l’étude est conservée sur plus de 12 m de hauteur. Les réaménagements de murs de terrasse au XIXe siècle ont probablement participés à la disparition des vestiges de cette zone.

La courtine nord est, nommée « gros mur » dans les comptes de châtellenie, est encore marquée par le témoignage des conflits qui se sont déroulés entre 1268 et 1355 opposant les comtes de Savoie installés à Château Neuf et les Dauphins du Viennois à Château Vieux. L’étude menée sur la courtine de Château Neuf a mis en évidence trois grandes phases de rehaussements successifs. La première phase, conservée sur une hauteur de 3,40 m, était dotée d’archères dont deux sont conservées ; édifiée postérieurement à la construction de la chapelle du XIe siècle, elle est probablement datable du XIIe ou du XIIIe siècle. La deuxième phase a consisté en un rehaussement du mur et à l’installation d’un chemin de ronde crénelé, peut être attribuable à des travaux mentionnés en 1289 1290. Elle atteint une hauteur de 10,40 m. La troisième phase de surélévation est conservée sur 1,50 m et ne permet pas de connaître la hauteur complète du mur, qui était doublé d’un fossé aménagé dans le rocher et d’une palissade. Les mentions de travaux de rehaussement de la courtine de Château Neuf et les datations C14 obtenues sur le mur bouclier de Château Vieux étudié en 2011 concordent : elles sont à mettre en parallèle avec l’évolution des machines de guerre, dont la présence est attestée par les textes et les boulets retrouvés sur les deux sites, pouvant atteindre 70 kg. Les travaux de la seconde moitié du XIIIe siècle effectués sur les deux fronts d’attaque signalent la violence des affrontements entre les deux châteaux, en plein essor du conflit Delphino Savoyard.

L’étude archéologique menée simultanément aux travaux de restauration, alliée à une étroite collaboration avec le maître d’œuvre et architecte Guy Desgrandchamps a permis d’adapter le projet de restauration, afin de préserver les différentes phases de construction de l’élévation et d’en permettre la lecture au public.

Évelyne CHAUVIN-DESFLEURS