Fiche

Responsable : 
Bernard POUSTHOMIS, Sylvie CAMPECH
Période de fouille : 
1998, 1999, 2000, 2007, 2009
Maître d'ouvrage : 
Conseil général de la Haute-Vienne
Localité : 
Saint-Jean-Ligoure (Haute-Vienne)
Type d'opération : 
Période : 
,

Résumé

1998 – Suivi archéologique de travaux

Du XIIe au XVe siècle, Châlucet se situe dans une zone de contact entre le domaine des rois de France et d’Angleterre. le château haut, qui succède à la fin du XIIIe siècle à un ancien castrum, est bâti suivant des conceptions militaires particulièrement avancées pour l’époque. Un bourg castral de type méridional, implanté en contrebas, est subordonné à un second château.

Le conseil général de la Haute-Vienne, propriétaire du site, a entrepris la restauration du château et du castrum. À la demande du Service Régional de l’Archéologie, les travaux de terrassement et de reprise des maçonneries font l’objet d’un suivi archéologique. Les données ainsi obtenues devraient utilement compléter la remarquable étude que Christian Rémy à consacré à Châlucet (1)

En 1998, quatre opérations archéologiques ont ainsi été réalisées : une sur la porte est, en contrebas du château haut, deux sur le rempart nord est du castrum et une dernière sur une maison du bourg castral.

La porte d’accès à la lice du château haut

Implantée sur le chemin qui conduit au château haut, sur la pente est, l’édifice se présente comme un massif de plan trapézoïdal aux murs très épais (2,50 m). Il est traversé par un passage couvert en berceau brisé. La maçonnerie liée au mortier emploie exclusivement un appareil réglé de blocs de schiste à face dressée. En arrière de la construction, sur la face sud, la trace d’une engravure de solin traduit l’existence d’un petit bâtiment accolé. Une feuillure sur la face externe, laissant un passage libre de 2,20 m, et un trou barrier indiquent la présence d’une porte. Aucune trace de herse, d’assommoir ou de bretèche protégeant le passage n’est conservée. Ces défenses se trouvaient peut être dans les parties supérieures qui ont été visiblement arasées puis rehaussées par un parapet, bâti en petit appareil de schiste à face plus ou moins dressée. À l’ouest, les vestiges de deux maçonneries bâties à la terre semblent former un mur de soutènement en bordure de la voie de circulation. In ne subsiste pas d’autres maçonneries permettant de relier cet ouvrage aux défenses avancées du château haut. Mais le talus sur le côté ouest n’a pas été exploré et, à l’est, divers bâtiments dont les vestiges sont encore visibles pouvaient assurer une défense latérale. L’importance de l’ouvrage et son implantation très en vue ne permettent pas de le désigner comme une poterne. Il devait participer à la protection de la lice qui entoure le château haut.

On ignore à quelle époque cette porte monumentale a été édifiée. L’appareil en schiste aide peu à la datation. Il ne semble pas pouvoir être lié aux constructions les plus anciennes du site (donjon et tour “Jeannette”). C’est à la campagne de travaux de Géraud de Maulmont, dans le dernier quart du XIIIe siècle ou peu après qu’il faut vraisemblablement le rattacher. Au delà, le site de Châlucet ne semble plus connaître de modifications importantes et la place semble peu entretenue jusqu’à son démantèlement en 1593. Le château est malgré tout investi à plusieurs reprises par des bandes de routiers à la fin du XIVe siècle et au début du XVe siècle., puis par les troupes protestantes. C’est à ces occupations plus ou moins éphémères qu’il faut sans doute attribuer le réarmement sommaire du sommet de la porte.

La courtine nord est du bourg castral

Les vestiges de ce secteur forment un long mur de soutènement en ligne brisée, édifié en deux phases. Un premier bâti, au sud de la zone, forme un angle droit cantonné à deux contreforts plats. La maçonnerie, large de 1 à 1,15 m, est montée en blocs de schiste liés à la terre, à parement irrégulier. Le dégagement de ce mur n’est pas suffisant pour savoir s’il s’agit d’un édifice isolé ou d’un angle de rempart. Dans une seconde phase, ce mur est étendu jusqu’à l’extrémité nord du bourg. Son développement en ligne brisée intègre une porte dont un des montants à été retrouvé. Ce rempart, épais de 1,25 m à 1,40 m est bâti avec moins de soin que le précédent. Aucun élément de défense ne subsiste. Sans doute étaient ils reportés dans les élévations disparues.

Une façade de maison castrale

La courtine orientale du bourg castral conserve une seule élévation à trois ou quatre niveaux. Elle appartient à un bâtiment de 35 m2 environ de surface intérieure (5,10 x 6,80 m).

La maçonnerie, large de 1,17 m à 1,40 m est liée à la terre. Les parements en schiste éclatés montés en assises irrégulières, se caractérisent par de nombreux calages. Quelques indicent permettent de penser que ces parements étaient jointés au mortier. Un retrait du mur correspondant à l’assise des planchers marque trois ou quatre niveaux habitables. Une baie axiale couverte en plain cintre éclairait chacun d’eux, au travers du rempart. Les fenêtres des 1er et 2e étages étaient munies de coussièges et les ébrasements conservent de rares traces d’enduit au mortier ocre. On ignore si le 3e étage était habitable ou occupé par des combles. Dans l’état actuel de nos connaissances, ce bâtiment n’est pas renseigné. Seule la technique des parements, assez semblables à ceux du château haut, et la présence des coussièges permettent d’attribuer ce bâtiment à un large XIIIe siècle. Il ne fait pas de doute que ce mur appartient à un édifice aristocratique par la qualité de la construction et les aménagements des baies. Un mur de courtine a précédé cette façade. En effet, à l’extrémité sud du mur étudié, est conservée une maçonnerie en longs blocs de schiste liés à la terre, épais de 1,60 m environ. Le dévers qu’il présente vers la vallée indiquerait qu’il s’est partiellement écroulé. L’angle sud-ouest de la maison du XIIIe siècle a été greffé à l’arrache de ce rempart mais sans en suivre le faux aplomb (verticalité du bâti oblige).

De nouvelles connaissances sur le bourg castral L’emploi exclusif du schiste lié à la terre conduit à des parements fort semblables sur des édifices qui ne sont manifestement pas contemporains. de ce fait, il est difficile de tirer des informations chronologiques des maçonneries. Seules les liaisons des murs permettent de déterminer des phases de construction. les nouvelles données obtenues sur cette partie nord du castrum permettent d’entrevoir une évolution du site. Le bourg ou “villa ”est mentionné au milieu du XIIIe siècle, mais il existait certainement avant. Le mur d’angle à contreforts et l’angle nord-ouest de la maison pourraient marquer la limité d’un premier enclos castral. La construction de la maison, vers le XIIIe siècle, reprend elle même le tracé d’un rempart primitif en partie détruit. Ultérieurement, cette limite du bourg est repoussée vers le nord, avec un prolongement du rempart intégrant une porte sur la voie qui pénètre à l’intérieur du castrum. Cette extension est peut être à situer dans le 1er quart du XIVe siècle, époque à laquelle est mentionnée une porte neuve.

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(1) Christian Rémy – Pouvoir royal et fortification en Limousin Périgord aux XIIIe et XIVe siècles. Le château de Châlucet et le patrimoine de Maître Géraud de Maulmont ; DEA, Université de Poitiers, 1995, 153 p.

Bernard POUSTHOMIS

1999 – Suivi archéologique de travaux

L’intervention archéologique consistait à suivre les travaux de restauration des maçonneries situées à peu près à mi distance entre le château-haut et la “tour Jeanette”. Parallèlement, deux sondages diagnostics devaient permettre de définir le plan de l’édifice et mesurer le potentiel archéologique du sous-sol.

D’un premier bâtiment aux murs épais, soigneusement bâti en schiste, subsistent trois murs cantonnés aux angles de contreforts plats. Une rapide étude comparative permettrait de l’attribuer au XII XIIème siècle. Peut-être s’agit-il d’une tour de plan carré. L’édifice est détruit pour des raisons encore inconnues. C’est sans doute au XVème ou XVIème siècle qu’on le reconstruit, en l’étendant vers l’est, pour le transformer en chapelle. Son chœur conservé conserve un massif d’autel et, sur un côté de la nef, est implantée une cuve baptismale monolithe. Le bâtiment est simplement charpenté et peut être pourvu d’une couverture mixte en tuiles plates et dalles de schiste. c’est vers le XVIIème que l’on peut situer son abandon ou sa destruction.

Bernard POUSTHOMIS

2000 – Suivi archéologique de travaux

À la demande du Service Régional de l’Archéologie, les travaux de terrassement et de reprise des maçonneries font l’objet d’un suivi archéologique.

Bernard POUSTHOMIS

2007 – Suivi archéologique de travaux

À la demande du Service Régional de l’Archéologie, les travaux de terrassement et de reprise des maçonneries font l’objet d’un suivi archéologique.

Sylvie CAMPECH

2009 – Suivi archéologique de travaux, lice ouest

La restauration des vestiges du site de Châlucet s’est poursuivie en 2009 par la cristallisation du mur de la lice ouest du château-haut.

Ce mur, entièrement bâti en gneiss local éclaté au marteau, constitue une seconde courtine en contrebas de la face ouest du château de Géraud de Maulmont (fin XIIIe siècle). Le travail d’étude archéologique a été réalisé en deux temps : une première observation archéologique de la partie basse du mur a été effectuée avant montage des échafaudages, accompagnée d’un relevé orthophotographique réalisé par I. Rougier, puis une seconde à partir des échafaudages et après délierrage complet de la maçonnerie. Un sondage sédimentaire ouvert au pied a fourni quelques données complémentaires pour l’archéologie et pour la restauration.

La maçonnerie la plus ancienne identifiée est une portion de mur visible sur 8 m de longueur et limitée à 5 m de hauteur environ. Elle est percée de deux portes. Celle vers le sud, la mieux conservée bien que son encadrement ait été arraché, est couverte en plein cintre. Toutes deux ouvraient sur deux édifices séparés par un mur de refend, formant saillie côté ouest (côté rivière). On comprend mal l’organisation de ces bâtiments, les maçonneries étant peu visibles car non traités lors des travaux. Pour l’un d’eux il serait tentant d’y voir une tour par la présence d’un puissant mur cantonné d’un contrefort. On ignore l’élévation initiale de ce bâti qui, par certains détails techniques, pourrait se rattacher aux premiers édifices du site que sont ces tours dispersées le long de l’éperon de Châlucet et qui se rapporteraient à la fin XIIe ou début XIIIe siècle.

Dans une seconde étape, le mur oriental de ces bâtiments est surélevé et prolongé vers le sud, avec l’aménagement de deux jours en meurtrière à fort ébrasement intérieur, linteau et appui taluté. Leur position en hauteur par rapport au niveau du sol retrouvé en sondage ne permet pas d’en faire des archères. Deux vestiges de solin en grandes dalles de schiste conservées au sommet du mur et l’absence de toute autre ouverture laissent supposer que ces vestiges appartiennent à un bâtiment de 7 m de haut environ, à usage commun, aménagé à l’intérieur de la lice (écurie, entrepôt, remise ?) et couvert en tuiles canal lors de son abandon. L’absence de vestiges d’arrache de murs de refend indiquerait soit une salle d’un seul tenant, soit un édifice recoupé par des cloisonnements en matériau périssable dont on ne conserverait pas de traces. Sur la face externe du mur subsiste un autre solin, mais à un niveau inférieur et limité à l’emprise des édifices de la phase primitive, indiquant ainsi que ceux-ci étaient encore en élévation.

Le relevé des multiples trous de boulins traversant permet de localiser les niveaux des platelages d’échafaudages sur les deux faces du mur, l’espacement de ces platelages variant de 1 à 1,50 m. Aucun élément stylistique ou archéologique ne permet de dater ce mur. Mais, de par son implantation et son orientation il présente une cohérence avec le «château neuf» (fin XIIIe siècle). Il appartient très probablement à son programme de construction, sans pouvoir être postérieur au troisième quart du XIVe siècle, époque où le château est tenu par les routiers.

Seule modification qui pourrait être tardive, l’installation d’un plancher intermédiaire à l’intérieur de cette grande salle qui a nécessité le creusement de supports de poutres.

Bernard POUSTHOMIS