Fiche

Responsable : 
Damien MARTINEZ, David MOREL
Période de fouille : 
2010, 2013-2014, 2015
Localité : 
La Chaise-Dieu (Haute-Loire)
Type d'opération : 
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Période : 
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Résumé

2010 : Le bâtiment « de l’escalier »

Le village de La Chaise-Dieu, situé dans l’extrémité septentrionale du département de la Haute-Loire en Auvergne, est installé sur un plateau granitique culminant à 1082 mètres d’altitude, au cœur du massif forestier du Livradois Forez. Le bourg est groupé autour de l’ancienne abbaye bénédictine fondée au XIe siècle, dont la renommée et le rayonnement dépassaient les frontières du Royaume de France durant le bas Moyen Âge. Cette abbaye, haut lieu touristique de la région, fait aujourd’hui l’objet d’une grande campagne de réhabilitation. Aussi, dans le cadre des travaux concernant l’aile ouest des anciens bâtiments conventuels, une analyse archéologique du bâti visant à étudier le bâtiment dit « de l’escalier » s’est avérée nécessaire.

Le bâtiment de l’escalier fait actuellement office de passage reliant l’Avenue de la Gare au cloître de l’abbaye. D’une superficie d’environ 140 m2, il est doté d’un escalier monumental permettant de corriger l’important dénivelé existant entre l’extérieur du monastère et la plateforme sur laquelle est installé le complexe abbatial. Par ailleurs, les vestiges des états d’occupation successifs de l’espace sont encore visibles. Si les temps forts de l’abbaye se situent durant le Moyen Âge, les modifications architecturales et constitutionnelles de l’époque classique, durant laquelle se sont installés les moines réformés de la Congrégation de Saint Maur, s’inscrivent dans une période clé durant laquelle le monastère adopte le visage qui participe encore aujourd’hui à sa renommée. C’est en effet à la fin du XVIIe siècle que se situe l’édification du bâtiment de l’escalier. Il remplace probablement une construction dont il ne subsiste aucune trace. Ce passage, localisé à proximité immédiate de l’entrée occidentale de l’abbaye, est pensé de manière à permettre, par l’intermédiaire d’un système de double escalier monumental, aux pèlerins et aux étrangers d’accéder directement à l’hôtellerie installée dans le long corps de logis formant l’aile occidentale des bâtiments conventuels. de plus, il permet aux hôtes de marque de séjourner dans l’édifice flanqué au nord du bâtiment de l’escalier, qui devait probablement abriter les appartements de l’abbé commendataire. Ce bâtiment devait constituer un petit édicule carré, doté d’au moins un étage accessible depuis le passage de l’escalier. Une porte assure également la communication avec le cloître. Cet accès doit toutefois être réglementé et uniquement destiné à l’usage des moines.

Aussi, plus qu’un lieu de passage, cet espace constitue avant tout un lieu d’accueil. En témoigne la richesse architecturale mise en œuvre dans sa conception. En effet, le bâtiment est rythmé irrégulièrement par cinq travées matérialisées chacune par une voûte d’arêtes retombant sur des pilastres. En dépit de la sobriété du décor, une impression de monumentalité se dégage de cet espace. En partie basse, les voûtes s’élèvent jusqu’à huit mètres de hauteur. de plus, un important dispositif d’ouvertures est mis en œuvre dans le souci d’optimiser l’apport lumineux. En ce sens, de puissantes baies à ébrasement sont aménagées symétriquement dans les murs nord et sud.

Dans le courant du XVIIIe siècle, l’agencement de l’espace est sensiblement modifié. Ce changement de configuration interne est tributaire de l’évolution du bâtiment flanqué au nord. L’expansion vers l’ouest de ce dernier engendre l’obturation de trois des quatre baies aménagées dans la façade septentrionale. Un escalier d’accès est maintenu mais une grande terrasse, assurant une communication directe entre le bâtiment nouvellement modifié au nord et le cloître de l’abbaye, est construite. Dans cette optique, la quatrième baie, située le plus à l’est, non obturée, est transformée en porte reliant la terrasse du bâtiment de l’escalier et la construction septentrionale mitoyenne. C’est peut être également durant cette période qu’une construction est flanquée à l’ouest du bâtiment. Le rez-de-chaussée de celle-ci constitue alors, comme semblent l’indiquer les plans anciens, la porterie occidentale du monastère.

Après la Révolution, les installations conventuelles passent sous le giron de la municipalité nouvellement créée. Le bâtiment de l’escalier conserve sa fonction de passage permettant l’accès au cloître désormais devenu une place publique. Un étage intermédiaire aujourd’hui disparu, dont les vestiges sont cristallisés dans et sur le parement des maçonneries actuelles, est aménagé. Cet étage, dévolu aux salles de la mairie, est constitué de deux pièces dont une richement ornée d’un décor de faux appareil et d’une cheminée surmontée d’un trumeau portant les apparats républicains. des boiseries sont par ailleurs appliquées en partie basse dans chacune des salles. Le mur nord du bâtiment de l’escalier est flanqué d’un long couloir prolongeant vers l’ouest-la terrasse aménagée antérieurement. Ce couloir ouvre sur les deux pièces de l’étage et peut être également sur l’étage du bâtiment flanqué à l’ouest, grâce à une ouverture percée lors de cet état dans la façade occidentale du passage de l’escalier.

Enfin, à la fin du XIXe siècle, cet étage est détruit et l’espace adopte la configuration encore visible actuellement.

Aussi, malgré les divers aménagements entrepris depuis plus de trois siècles, la fonction première du bâtiment est restée la même depuis son édification. Une fonction conservée à travers les siècles puisqu’à présent, ce passage est quotidiennement emprunté pour accéder au cloître de l’abbaye.

Damien MARTINEZ

2013-2014 : Maison du Cardinal et aile ouest du cloître

Cette étude archéologique s’est inscrite dans le cadre de la restauration et du réaménagement de l’aile occidentale des bâtiments monastiques de l’abbaye Saint-Robert de la Chaise-Dieu, ainsi que de la maison dite « du Cardinal » située sur son flanc septentrional (fig. 1). Ces travaux ont été mis en œuvre par le Syndicat Mixte de Travaux de la Chaise-Dieu et dirigés par l’Architecte en Chef des Monuments Historiques, S. Manciulescu. Cette étude, menée entre l’été 2013 et le printemps 2014, a été accompagnée de la réalisation de quelques sondages archéologiques à l’intérieur de la cour du cloître et du bâtiment dit « de l’escalier ». Elle a principalement consisté d’une part en l’analyse des cloisons à pans de bois cloisonnant les niveaux de la maison du Cardinal promises à la destruction, et d’autre part à l’étude de l’élévation interne orientale de l’aile ouest de l’abbaye, motivée par la découverte de vestiges au cours des restaurations.

Dans le secteur de la maison du Cardinal et du bâtiment de l’escalier immédiatement accolé au sud, les investigations n’ont pas permis de mettre en évidence de témoignages bâtis antérieurs à la période moderne, voire à la période contemporaine. Les cloisons à pans de bois étudiées à l’intérieur de la maison du Cardinal se sont révélées appartenir à la structuration tardive de l’espace, sans livrer d’éléments de remploi. L’examen de l’enveloppe de la maison, réalisé plus succinctement, n’a pas permis de mettre en évidence d’éléments constructifs antérieurs au XVIIIe siècle. Les dégagements et sondages réalisés dans les niveaux du rez-de-chaussée ont, en revanche, permis de mettre au jour d’anciennes maçonneries, témoins des anciens bâtiments monastiques de la fin du Moyen Âge ou, plus vraisemblablement, de la période moderne, qui sont connus par un plan du milieu du XVIIe siècle (fig. 2).

À l’intérieur de l’aile ouest des bâtiments monastiques, les observations et dégagements ont permis de retrouver des vestiges un peu plus anciens, essentiellement concentrés dans les parties basses et sud du corps de bâtiment. À côté des structures témoignant des travaux de réaménagements conduits par les moines mauristes à partir de la fin du XVIIe siècle, quelques traces d’ouvertures, de vestiges d’arcatures et des portions de mur de soutènement du cloître ont pu être mis en valeur, tout en signalant des dispositifs sans doute mis en œuvre entre le XIVe siècle et la fin du XVe siècle (fig. 3). Ces témoignages constituent aujourd’hui les éléments les plus anciens retrouvés dans ce secteur de l’abbaye.

David MOREL

2015 : L’abbatiale

Cette étude archéologique de bâti s’est inscrite dans le cadre d’une étude préalable à la restauration de l’abbatiale Saint-Robert de La Chaise-Dieu, menée par l’architecte Richard Goulois (fig. 4).

Elle a été réalisée à la suite de recherches conduites par Frédérique-Anne Costantini et a permis de mettre en évidence de nouveaux témoignages concernant l’abbaye romane, de jalonner plus précisément l’évolution du chantier de construc­tion gothique, et de fournir de nouveaux éléments de discussion relatifs aux aménagements liturgiques, aux monuments funéraires et aux pein­tures murales.

Cette étude architecturale a, ainsi, d’abord autorisé une réflexion argumentée sur la configuration et la localisation de l’abbatiale romane, à l’appui des sources textuelles et des découvertes archéologiques anciennes et plus récentes. L’approche matérielle et l’examen des registres de comptes du XIVe siècle ont ensuite per­mis de circonscrire plus en détail les différentes étapes des travaux lancés par le pape Clément VI et de replacer les vestiges conservés dans le cloître et à ses abords au sein d’une vaste entreprise conduite sur plusieurs siècles.

L’analyse de la documentation moderne, textuelle et graphique, renforçant l’examen du bâti et des mobiliers, a ensuite autorisé une étude critique des différents aménagements liturgiques, depuis le jubé et la clô­ture de chœur jusqu’à l’ancienne chapelle Saint-Robert, installée à l’origine dans le collatéral sud. Elle a de même permis de questionner de nouveau l’origine et l’évolution des différents enfeus, tombeaux et gisants actuel­lement conservés à l’intérieur du monument et de proposer, in fine, dif­férentes attributions et datations (fig. 5). Elle a enfin motivé une nouvelle lecture de la peinture de la Danse Macabre, inscrite dans un ensemble fig­uré incluant des composantes aujourd’hui inédites, et a autorisé une data­tion resserrée de cette œuvre emblématique (fig. 6).

David MOREL