Fiche

Responsable : 
Mélanie CHAILLOU
Période de fouille : 
2005, 2006
Localité : 
Berdoues (Gers)
Type d'opération : 
Période : 
,

Résumé

2005

Après la restitution par l’Allemagne à la France, en septembre 2003, d’un dépôt lapidaire de quatre cents pièces de marbre réputées appartenir au cloître de l’abbaye cistercienne de Berdoues (Gers), la Conservation régionale des monuments historiques a envisagé un remontage de ce cloître à son emplacement d’origine.

L’histoire de cette abbaye fondée en 1134 est assez bien connue, grâce à la publication en 1905 de son cartulaire par l’abbé Cazauran. L’abbaye ayant servi de carrière entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle, aucun élément n’indique plus maintenant son emplacement, si ce n’est une chapelle sensée avoir été construite sur les trois premières travées ouest de la galerie méridionale, à la fin du XIXe siècle (fig. 1)*. En complément d’une étude documentaire réalisée en mars 2005, dans le cadre de l’étude préalable à la restitution du cloître, une opération a été commandée à la société Hadès, afin d’évaluer, par des sondages à la pelle mécanique, son plan au sol et, par des piquages sur les parements extérieurs de la chapelle, la disposition de ses claires-voies.

La fouille a permis de retrouver la galerie ouest du cloître (fig. 2), mais pas son retour au nord, ni la galerie orientale : le cloître était probablement plus grand que ce qu’envisageait la prescription, avec près de 35 m de côté comme le suggère un plan restitué au début du XXe siècle (fig. 1).

L’étude du bâti rend plus perplexe. Elle confirme que les trois travées de la chapelle sont bien celles du cloître et que la première travée correspond à son angle sud oust (fig. 3). Mais la disposition des claires-voies n’est pas totalement restituée. En effet, les deux descriptions qui existent du cloître, de 1856 et de 1905, évoquent cinq grandes arcades en arc brisé par claire-voie, peut-être subdivisées par deux arcs en plein-cintre, avec des colonnettes doubles de marbre à la retombée des voûtes. Or, les piquetages ont révélé deux petits arcs en-plein cintre divisant une travée, surmontés d’une corniche moulurée en quart de rond sur laquelle prenait appui la charpente de la galerie : point de grande arcade brisée.

Par ailleurs, une baie en plein-cintre a été remontée dans le dépôt lapidaire (fig. 4). Son gabarit ne correspond pas avec celui des arcades retrouvées sur le mur nord de la chapelle, qui sont plus larges et plus trapues et dont les claveaux sont en briques, et non en pierres.

Ces derniers éléments laissent un doute sur l’appartenance au cloître de Berdoues d’au moins une partie de ce dépôt lapidaire.

2006

Comme la champagne d’octobre 2005 n’avait pas permis de localiser les ailes nord et est du cloître une nouvelle fouille, constituée de deux tranchées creusées à la pelle mécanique, a été organisée en août 2006.

Cette seconde campagne a confirmé la grande étendue du cloître, de forme plus ou moins carrée, avec des galeries longues d’environ 30 m (fig. 1). En revanche, la localisation de l’angle nord-est du cloître n’a pu être déterminée avec exactitude, du fait du mauvais état de conservation des structures. Il n’est donc pas exclu que le cloître ait été légèrement trapézoïdal. de plus, le sondage nord-est a été accidentellement positionné dans l’axe de la tranchée de fondation du mur bahut est ; or, comme les vestiges sont rares et souvent très dégradés, celui-ci a été difficile à identifier. L’étude du bâti réalisée en 2005 avait révélé que chaque travée de la claire-voie méridionale était scandée de deux petites baies couvertes d’un arc en plein-cintre en briques, alors que les claveaux du dépôt lapidaire sont en marbre. Il est possible que toutes les galeries n’aient pas été identiques.

Les éléments mis au jour dernièrement n’apportent cependant aucun éclaircissement quant à la distribution de ces claires-voies. Un second fragment de colonnette en marbre vert a été découvert ; identique au marbre des colonnettes remployées dans la chapelle (fig. 5), il diffère du matériau du dépôt lapidaire qui est blanc ou grisé. Mais ce seul élément ne peut qu’apporter des réflexions sur la diversité possible des éléments décoratifs des galeries et non sur l’authenticité totale ou partielle du dépôt lapidaire dont les bases sont moulurées différemment de celles de la chapelle.

Mélanie CHAILLOU

*DAO de M. CHAILLOU, d’après le fond de plan cadastral et les plans de S. THOUIN (ACMH) et de A. LOPEZ (architecte DPLG)