Fiche

Responsable : 
Cecilia Pedini
Période de fouille : 
2017
Maître d'ouvrage : 
Compagnie immobilière de restauration
Localité : 
Bayonne (Pyrénées-Atlantiques)
Type d'opération : 
Période : 
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Résumé

Le projet de réhabilitation de l’immeuble sis au 11 rue de la Poissonnerie (parcelle BX 210) à Bayonne a engendré la prescription d’une étude archéologique du bâti. Sa façade orientale, donnant sur la rue des Augustins, correspond en partie au mur de la fortification antique, lequel avait déjà été partiellement observé le long de l’Hôtel de Hauranne, voisin (parcelle 213).

Les investigations conduites en 2002 sur l’hôtel de Hauranne avaient également permis de mettre en évidence les restes de deux murs datés du XIIIe ou XIVe siècle (murs ouest et sud), dont le mur ouest était supposé se poursuivre dans la parcelle 210. Aussi, le projet prévoyait la dépose des conduits de cheminée et placards à l’intérieur du bâtiment, sur le mur ouest, ce qui donnait une occasion de vérifier la conservation éventuelle des murs médiévaux.

Cette opération archéologique porte donc d’abord sur la façade orientale, depuis le rez-de-chaussée jusqu’au 4e étage avec pour objectifs de circonscrire l’emprise du rempart antique, d’identifier les différentes phases de constructions de la façade, de tenter de leur attribuer une datation et de déterminer si cette façade correspond bien à celle de la maison d’Arribeyre.

Elle concerne ensuite le mur occidental, à l’intérieur du bâtiment, dans lequel il s’agissait de vérifier s’il constitue ou non la continuité du mur médiéval observé dans la cour mitoyenne, et cas échéant de le caractériser (destruction ou inflexion vers la tour polygonale observée à l’arrière de la parcelle 212 notamment) et de mettre en perspective les différentes maçonneries observées.

Ainsi, les investigations ont permis de confirmer la conservation partielle du parement de l’enceinte antique de Bayonne sur une longueur atteignant quasiment 22 m et une hauteur maximale de 3,10 m. Il est fortement dégraissé puisqu’au lieu des 2,45 m d’épaisseur observée sur d’autres sections du rempart, elle peine à atteindre ici 1,10 m.

Outre la délimitation de l’enceinte, l’intervention a permis de mettre en évidence dix phases de construction, la phase 1 correspondant au rempart antique.

Au Moyen Âge, quand la section orientale du rempart devient obsolète, un bâtiment est installé, mais il ne s’ancre pas directement sur le mur d’enceinte (phase 2). Les observations faites par S. Conan en 2002 révèlent en effet la présence d’une porte, cernée d’une maçonnerie différente contre le mur sud de la cour c’est-à-dire contre le mur médiéval. Son analyse avait permis de supposer que le chemin de ronde continue de fonctionner alors que la maison médiévale est édifiée. Il faut donc envisager que le mur médiéval oriental soit édifié parallèlement au mur d’enceinte, duquel il est séparé par le chemin de ronde.

Ce bâtiment médiéval, probablement du XIIIe siècle, fait de pierres de taille de Mousserolles, occuperait les actuelles parcelles 210 et 211, néanmoins, l’intervention n’a pas permis d’affirmer qu’il se prolonge bien dans la totalité de la parcelle 210. Il n’a pu être observé qu’à l’angle sud-ouest dans l’emprise d’un placard auquel il servait de fond. Tout le reste du mur a été vraisemblablement doublé, il est par conséquent impossible d’être catégorique sur sa poursuite vers le nord. En élévation, il est visible depuis le rez-de-chaussée (sous l’actuelle cour) jusqu’au 4e étage. Les indices collectés tendent à soutenir les hypothèses émises par S. Conan selon lesquelles ce bâtiment était doté initialement de trois niveaux séparés par deux planchers. Si l’ancrage d’un éventuel plancher au 2e étage de la construction ne peut être supposé que par la présence d’un bouchement dont la cote est compatible avec le niveau altimétrique supposé (14,36 m NGF), au 3e étage en revanche, l’allège de la baie se trouve au même niveau que les fenêtres observées dans la cour et comporte 60 cm au-dessous les traces d’un bouchement, lequel pourrait correspondre à une poutre pour un ancien plancher (18,06 m NGF). Ainsi, cela tendrait à confirmer que ce bâtiment était doté d’un rez-de-chaussée, lequel conserve bien ses parements ouest et sud, surmonté de trois niveaux. La position des ouvertures observées dans les murs ouest et sud indique que la parcelle 512 (et donc probablement aussi 212 et 209) était dépourvue de constructions.

Ce bâtiment a été incendié à une date inconnue, Bayonne ayant connu de nombreux incendies et notamment en 1224, 1258, 1290 et 1478.

Néanmoins, bien après cet incendie, la cour est créée par la construction du mur 3 qui ferme aujourd’hui le bâtiment au sud (phase 3), probablement dans le courant du XVIIe siècle. Ce dernier est exclusivement composé de pierres de taille de Mousserolles dont la facture, le gabarit et le traitement semblent être en tous points similaires à ce qui a pu être observé à l’intérieur du bâtiment. Il remploie donc très probablement la totalité du mur initial qui doublait le rempart, supprimant également le chemin de ronde. De fait, cela engendre plusieurs reprises visibles sur l’actuelle façade orientale, comme notamment la création d’un chaînage d’angle et d’une maçonnerie associée.

Néanmoins, cette intervention a permis de collecter assez peu d’informations sur l’évolution du bâtiment entre sa construction au XIIIe ou XIVe siècle et la transformation du bâtiment au XVIIe siècle.

La plupart des états observés concernent l’époque moderne et surtout la période contemporaine. On ne sait comment le bâtiment en vient à se retrouver à l’état de ruines dans le premier tiers du XVIIIe siècle ou en tous cas ce qui conduit à reprendre presque intégralement la façade au cours de l’état 6 (après 1738 ?). Plusieurs pistes peuvent être explorées mais aucune hypothèse ne peut vraiment être avancée et argumentée de manière pertinente.

Néanmoins, la réfection de la quasi-totalité de la façade vers ou après 1738 semble compatible avec l’histoire de l’évolution de l’architecture de Bayonne mise en évidence dans le cadre du PSMV en 2006 (nombreuses réparations, reconstructions, commerce de matériaux de récupération, etc.). En outre, on pourrait envisager, dans cette optique, que la phase 5, matérialisée par quelques morceaux de maçonneries, constitue une première réparation de la façade, peut-être au cours du XVIIe siècle, puisque vraisemblablement c’est l’époque au cours de laquelle les bâtiments ont subi de nombreux dommages.

Les autres phases de l’histoire du bâtiment concernent essentiellement le XIXe siècle, d’abord avec l’alignement de la façade du n° 11 rue de la Poissonnerie avec celles qui l’entourent, puisqu’on voit très nettement qu’elle est en retrait sur plusieurs plans anciens, mais semble en revanche alignée sur le cadastre de 1831 (phase 7). La surélévation (phase 8) intervient plutôt après 1830 au regard d’abord de l’histoire de l’architecture locale qui témoigne de la surélévation de nombreuses maisons d’un étage, d’un niveau de loggia ou de comble, en relation avec la densification de l’occupation, dans la deuxième moitié du XIXe siècle. La typologie des baies mises en place au même moment paraît être en adéquation avec cette chronologie.

Enfin, l’ajout de la baie 18, contre le bâtiment qui surmonte l’entrée de la rue des Augustins est plus difficile à relier chronologiquement. Elle est postérieure aux réfections faites sur la façade mais rien ne permet vraiment de préciser sa chronologie. Néanmoins, la figuration sur le plan de 1868 du bâtiment qui surmonte la rue pourrait permettre de la relier au même contexte de densification de la population et donc de nécessité de récupérer de l’espace pour construire des appartements. Dans ce cas, il serait envisageable que cette fenêtre soit ajoutée à ce moment, simplement pour récupérer de la lumière, les ouvertures côté est étant impossible sur le premier quart nord du bâtiment.

Cette étude a permis d’approcher ce bâtiment qui présente de l’intérêt par la conservation de vestiges médiévaux mais demeure également l’un des rares témoins de la construction en pierres à Bayonne, laquelle est plutôt caractérisée par des maisons en pans de bois. Néanmoins, si la maison d’Arribeyre a livré quelques vestiges résiduels de son passé médiéval, il subsiste de nombreuses zones d’ombre. Il reste à observer la manière dont l’édifice a pu évoluer notamment par le biais des articulations avec les autres murs, informations qui pourraient être collectées au rez-de-chaussée du bâtiment. Par conséquent, les données pourront être considérablement enrichies le jour où des travaux y seront envisagés. De nouvelles investigations pourraient permettre d’observer plus finement à la fois l’emprise du bâtiment médiéval, son lien avec le mur du rempart, mais aussi avec les façades nord et sud actuelles.

Cecilia PEDINI