Fiche

Responsable : 
Léa GERARDIN
Période de fouille : 
2013, 2016
Localité : 
Collioure (Pyrénées-Orientales)
Type d'opération : 
Période : 
, ,

Résumé

2013

La ville de Collioure est située dans une baie où le massif des Albères plonge dans la mer Méditerranée. La petite agglomération s’étage sur les flancs des pentes rocheuses terminées par deux grèves. Celles-ci sont séparées par une plate-forme saillante occupée par le château, et initialement, un bourg.

Cette situation et son accès aisé par la mer ont fait de Collioure l’aire d’ancrage privilégiée d’un port. Son implantation a, de même, joué un rôle important dans les conflits franco-espagnols depuis le Moyen Âge, la ville servant de point d’entrée dans le territoire montagneux du Roussillon, souvent disputé.

Le site du château royal de Collioure offre aujourd’hui au regard une vaste citadelle isolée sur un promontoire (fig. 1). Le corps de logis septentrional dominé par une tour maîtresse est le seul indice de son origine médiévale pourtant incontestable. La ville et la place-forte ont fait l’objet de nombreuses études, essentiellement centrées sur les phases d’occupations modernes très caractéristiques des évolutions poliorcétiques. La compréhension de l’ensemble bâti médiéval, de ses étapes de construction et son organisation, reste ainsi mal assurée.

C’est pourquoi la Direction des Archives et de l’Archéologie du Conseil Général des Pyrénées-Orientales a demandé la réalisation d’une étude archéologique centrée sur les constructions médiévales. Une campagne de sondages d’évaluation réalisée par le Pôle Archéologique Départemental en 2012 a en effet démontré l’importance de confronter les résultats des fouilles avec l’environnement bâti, associée à une nouvelle lecture critique des élévations face aux erreurs d’interprétations. De nombreuses hypothèses antérieures ont déjà été nuancées.

Trois aires ont été ciblées pour la présente étude : le noyau primitif, la fausse-braie nord et la courtine bordant la place-d’armes à l’ouest. Le cahier des charges de l’étude demande d’analyser et de phaser ces constructions, ayant pour objectif « la compréhension générale du château de Collioure depuis l’origine jusqu’à la fin du XVe siècle (…), ses accès, ses défenses [et] ses circulations ».

L’étude des élévations a ainsi permis de mieux cerner la construction d’un château royal à la fin du XIIIe – début du XIVe siècle, probable témoin architectural du nouveau pouvoir majorquin (fig. 2). Dans quelle mesure il remplace un ensemble castral antérieur, l’analyse n’a pu le déterminer : aucun vestige n’a pu en être observé. Il semble, en revanche, que l’édifice soit toujours associé à un environnement urbain pressant depuis le Moyen Âge central.

Il peut paraître étonnant que le château soit installé non sur le point culminant du plateau rocheux, mais à son extrémité ouvrant sur la mer, ainsi commandé par la ville haute. Néanmoins, le site est alors protégé par des défenses naturelles, et aussi au centre de la baie : il surveille ainsi les ports et les navires arrivant. Au cours du XVe siècle, le site castral est largement étendu vers l’ouest au détriment de la ville haute. Un vaste front défensif ponctué de tours ménage une place-d’armes et isole le château. Les accès sont remodelés puisque la rampe nord devient secondaire face à la nouvelle tour-porche occidentale. Il apparaît ainsi que le rôle de résidence fortifiée dans la ville au bas Moyen Âge soit progressivement supplanté par celui de véritable place-forte.

L’environnement urbain immédiat reste le problème récurrent et le point faible des défenses de la place forte. Ce n’est qu’à l’époque moderne que la vocation purement militaire de la citadelle est assumée et condamne définitivement « la vielle ville ». Le château se trouve alors isolé et dépourvu de son contexte urbain qui en avait fait le représentant du roi dans la ville et non contre celle-ci.

Léa GERARDIN

2016

Le projet de décroûtage des élévations intérieures du grand bâtiment oriental et la tour sud du logis médiéval en vue de restaurations a motivé la commande d’un suivi de travaux ponctuel de la part du Conseil Départemental des Pyrénées-Orientales et du pôle Monuments Historiques départemental (fig. 3).

Les observations menées après la mise au jour des parements intérieurs du long corps de logis et de la tour sud du château médiéval ont apporté de nouvelles connaissances sur l’édifice. Elles ont notamment permis de préciser certains aménagements médiévaux, en mettant en évidence les niveaux de sols originels et les ouvertures conservées fonctionnant avec ceux-ci. L’analyse de la voûte d’ogive de la grande salle du premier étage permet également de la rattacher au programme de construction de la fin du XIIIe ou du XIVe siècle (fig. 4).

Les reprises modernes sont de même mieux identifiées. Elles sont majoritairement caractérisées par l’emploi de briques pour les structures et les bouchages. Elles renseignent sur l’aménagement du logis médiéval en casernes liées au long bâtiment de casernement au sud.

Somme toute, ce sont les restaurations des années 1950/1960 qui ont totalement redessiné le logis médiéval pour lui donner l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui. Elles ont effacé minutieusement les traces de nombre d’aménagements antérieurs dans les parements. Les couvertures photographiques, ainsi que les dessins et les relevés effectués par l’architecte, sont d’un apport précieux pour l’interprétation archéologique. Ces restaurations anciennes font maintenant partie de l’histoire des élévations du château et se confondent avec les autres indices archéologiques.

Léa GERARDIN