Fiche

Responsable : 
Fabien BLANC, Laura DEYE
Période de fouille : 
2008, 2014
Localité : 
Arles (Bouches-du-Rhône)
Type d'opération : 
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Période : 
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Résumé

2008

Dans le cadre de la consolidation/restauration de la chapelle-ermitage Saint-Pierre à Montmajour (fig. 1), l’installation d’étais et de cintres préalablement à tous travaux devait masquer les faces internes de la série d’arcades centrales de l’édifice (fig. 2). Une opération de relevé pierre à pierre et une première analyse de cet élément étaient, par conséquent, nécessaires.

Cette série d’arcades forme une séparation entre deux chapelles orientées, l’une bâtie (au sud) et l’autre troglodyte (au nord). Elle délimite également les quatre travées de la nef méridionale au moyen de quatre arcs. Les arcs des trois premières travées sont identiques en forme et dimensions. Le quatrième offre une ouverture légèrement plus grande pour une hauteur moins importante. Le traitement esthétique est également différent. Pour les trois premiers arcs, chaque pile accueille une colonne composée d’une base attique, d’un fût à astragale et d’un chapiteau historié dont les motifs varient d’une colonne à une autre (fig. 3). Chacune de ces piles est couronnée par un tailloir dont les moulurations sont identiques pour toutes les arcades. Les colonnes sont épaulées par des piliers dont les pierres de taille sont disposées alternativement d’une assise à l’autre en carreau et boutisse. L’ensemble reçoit des arcs en plein cintre formés de douze assises régulières de 16,25 cm. Chacune d’elle est composée de deux voussoirs. La quatrième travée présente un arc formé des mêmes éléments avec toutefois deux assises supplémentaires. Il repose sur deux piliers simples composés comme les précédents, mais sans colonne.

L’ensemble de la structure interne, hormis des restaurations récentes parfaitement identifiables, est synchrone. Le programme général paraît s’être articulé autour du remploi des chapiteaux. En effet, les colonnes reposent directement sur le rocher qui a été creusé afin que la hauteur voulue s’adapte parfaitement aux chapiteaux. Ces derniers ont par ailleurs été légèrement retouchés à leur jonction avec les piliers qui les épaulent. S’agissant de la troisième travée, on peut noter la présence d’un autre remploi, disposé en carreau dans une des piles dont les pierres de taille formant l’assise inférieure ont été retouchées pour s’adapter à cet élément. Au moins un autre remploi, au niveau de la face occidentale de la dernière travée, a été mis en évidence.

Reste la question de la datation de l’ensemble qui, pour le moment, est attribué au XIe siècle, en référence aux sources écrites. Sous la pile orientale de la première travée, un dallage antérieur ou contemporain de la structure originelle devrait permettre de préciser cette datation après fouille. Ce dallage a été restauré postérieurement. Dans sa forme actuelle, il couvre l’ensemble de la chapelle méridionale. A la jonction des deux dallages, un tesson de céramique vernissée, daté du XIXe siècle, permet de préciser la période de restauration.

Fabien BLANC

 

2014

Dans le cadre de travaux de consolidation et de restauration de l’ermitage Saint-Pierre de Montmajour, une étude archéologique des élévations du monument a été prescrite afin de caractériser principalement les différentes constructions et d’en établir la chronologie. Parallèlement, les travaux de restauration ont nécessité un suivi archéologique, notamment lors des déposes des bases, colonnes et chapiteaux du monument. Enfin, l’absence de documentation graphique a impliqué la réalisation d’un relevé scanner 3D et d’orthophotographies qui ont servi de support à l’enregistrement des unités stratigraphiques.

Le monument semi-troglodyte, situé au pied méridional de la colline de Montmajour, s’articule autour de deux églises jumelles (fig. 4). Le vaisseau méridional par lequel on accède par une avant-nef ou narthex est doté de trois travées et d’une travée de chœur ouverte sur une abside semi-circulaire. Ce vaisseau est empreint d’une architecture épurée, bordé de deux séries de trois arcs supportés par des colonnes à chapiteaux au sud et de piles intégrant des colonnes similaires au nord s’ouvrant sur le vaisseau septentrional. L’abside méridionale, voûtée en cul-de-four, a partiellement conservé deux décors peints de faux-appareil. La nef et l’abside nord ont été taillées dans une cavité rocheuse. Les deux absides sont ouvertes sur un mince couloir desservant la zone orientale des églises.

Ces deux églises couplées à l’avant-nef correspondent à la construction primitive de l’ermitage. Depuis les travaux de P.-A. Février, la communauté scientifique s’accorde à dater les chapiteaux du XIe siècle, et attribue ainsi la construction du monument à cette date.

Les résultats de l’étude ont mis en évidence que les chapiteaux sont soit des remplois, soit qu’ils ont été préfabriqués pour être finalisés sur place (fig. 5). De nombreux indices concordent à ces hypothèses : retaille de faces afin d’être inséré dans les piles, épannelage simple sur les faces non visibles des chapiteaux, diamètres faibles des chapiteaux par rapport aux diamètres des fûts à astragale et trous de goujon qui, néanmoins ne présentent aucune trace d’oxydation.

La chronologie relative du monument établie, la datation du monastère dans son état primitif, longtemps appuyée sur la datation des chapiteaux, est donc à revoir. Il apparaît cependant peu probable que le monument soit postérieur au XIe siècle au regard de la mise en œuvre des élévations. La faible conservation d’édifices d’âge pré-roman en Provence occidentale ne laisse place qu’aux hypothèses. Ainsi, il convient de proposer une datation de la construction du monastère comprise entre les années 1030 et 1060, avec la mise en place d’un groupe de chapiteaux recueillis par les bâtisseurs qui n’avaient sans doute pas encore été mis en œuvre dans un monument.

La communauté occupant la colline de Montmajour est attestée depuis le milieu du Xe siècle. L’existence de la communauté primitive du monastère suppose la présence de diverses constructions : lieu de culte, logement, cuisine, etc. De plus, des textes laissent apparaitre les termes « coenobium » et « monasterium » qui indiquent vraisemblablement un établissement. Celui-ci pouvait s’apparenter à des aménagements troglodytes couplés à des élévations, peut-être sur le site de l’ermitage Saint-Pierre qui présente plusieurs cavités ayant conservé des traces d’occupation. À la fin du siècle, l’adoption de la règle bénédictine offre un souffle nouveau à la communauté qui, dès le début du XIe siècle, réussit à se constituer un vaste ensemble territorial grâce aux multiples donations qui lui sont faites. Ce rapide développement a sans doute influé sur des nouveaux besoins du monastère qui reçoit de nombreux dons de l’élite affluant sur le site pour la mémoire des morts. Est alors bâtie une église qui permettait d’accueillir ces fidèles et pèlerins.

Laura DEYE