Fiche

Responsable : 
Natacha SAUVAÎTRE
Période de fouille : 
2012
Localité : 
Saint-Émilion (Gironde)
Type d'opération : 
Période : 
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Résumé

Le plateau de la Madeleine à Saint-Émilion se situe au sud-ouest de la ville à l’extérieur des remparts et domine la vallée du Fongaban. Les travaux historiques menés ces dernières années sur le site et autour du château Ausone ont permis de soulever de nombreuses problématiques sur l’occupation du sol dans ce faubourg de la ville où l’on recense un site castral, une maladrerie, deux sanctuaires, un cimetière, un quartier de faubourg, et l’exploitation de carrières de pierres. Les découvertes archéologiques anciennes et récentes attestent d’une occupation humaine dense depuis l’Antiquité. C’est ainsi qu’une villa antique, la villa du Palat, située en contrebas du plateau a fait l’objet de fouilles minutieuses dans les années 1980. En 1904, lors de travaux de plantation de vignes, une occupation funéraire dense autour de la chapelle de la Madeleine a été distinguée. Mais c’est surtout en 2011, lors d’un diagnostic mené par l’INRAP sur la parcelle communale (AO 87) immédiatement voisine de la chapelle de la Madeleine, qu’une partie de l’extension du cimetière et les vestiges bâtis de la façade d’une église romane, dont seul le chevet était encore visible sur une parcelle voisine, ont pu être dégagés. C’est dans ce contexte que le bureau d’investigation archéologique Hadès a proposé au propriétaire des lieux d’engager des travaux d’études archéologiques afin de mieux cerner les différents types d’occupation.

Cette opération a fait l’objet d’une demande de fouille programmée auprès du service régional de l’Archéologie*.

Au cours de cette campagne de fouille un relevé topographique des emprises funéraires visibles et des fronts de carrières sur les parcelles 104, 105, 106, 243 le tout complété par un relevé lasergrammétrique au scanner 3 D couplé par une photogrammétrie dans l’espace creusé « rotonde » sous la chapelle de la Madeleine a été réalisé (fig. 1 et 2**). Des sondages autour du chevet de l’ancienne église de la Madeleine dite de Fussignac, décrite en 1859 par Léo Drouyn, ont été réalisés afin d’en dégager le plan dont le relevé a été confronté à celui des vestiges dégagés sur la parcelle voisine. Il ne reste des vestiges observés par Léo Drouyn que trois bases de colonne sur cinq sur la portion du mur nord du chevet. L’étude du bâti confirme que la construction de cet édifice de culte date du XIIe siècle (fig. 3). Une portion du mur gouttereau sud ainsi que le dégagement complet du chevet combiné au plan partiel de la façade découverte sur une parcelle voisine permet de restituer le plan de cet édifice de culte. Il s’agirait d’un édifice à nef unique de 28,60 m de long (hors-œuvre) pour 9,20 m de largeur. La largeur interne de l’église est estimée à 4,80 m et celle de la chapelle axiale avoisinerait les 3 m. Cette projection fonctionne parfaitement avec les tombes dégagées au sud ainsi qu’avec le témoin d’un arrachement de maçonnerie repéré dans la paroi rocheuse le long de la route actuelle

Lors de cette campagne, 79 tombes rupestres ont été identifiées dont la plupart sont vides (sur les parcelles AO106, AO 243, AO 289). Néanmoins le retrait du remblai de terre recouvrant le roc d’une portion de la parcelle AO 106 a permis la fouille de plus d’une vingtaine de tombes. Sur cet ensemble le nombre total d’individus s’élève à 50, soit plus du double du nombre minimum de défunts attendus suite à la mise au jour des fosses (23 sujets en place et 27 en position secondaire répartis au sein de huit sépultures distinctes). Deux tombes de pèlerins ont ainsi été étudiées (fig. 4). Une inhumation double a été distinguée. Des caveaux se distinguant par la présence de dalles insérées dans les parois latérales de certains contenants ont également été identifiés mais non fouillés lors de cette campagne. Certaines sépultures ont conservés leur couverture composée de plusieurs pierres plates. Ce dispositif permet de conclure que les défunts ont été déposés au sein d’un espace vide, lequel s’est colmaté plus ou moins rapidement ou plus ou moins partiellement au cours de la décomposition des corps. Les individus sont couchés sur le dos, la tête à l’ouest avec les membres supérieurs fléchis en position symétrique ou asymétrique et les membres inférieurs en extension. Concernant les dépôts secondaires le nombre par tombe peut aller de 1 à 5 et concernent aussi bien des sujets adultes que des immatures. L’étude anthropologique permet cependant de constater que dans ce secteur les sujets en bas âges sont mal représentés. Cette hypothèse est appuyée par le fait que la majorité des creusements des tombes rupestres présentent des dimensions pour des sujets adultes et sous-entend une réutilisation de la tombe et par conséquent sa signalisation au sol. À part quelques orcels, peu de mobilier a été retrouvé dans les tombes.

Un sondage dans l’ancienne rotonde a été effectué afin d’en déterminer le plan au sol, le tout complété par une description détaillée des aménagements afin de proposer un phasage de son occupation. L’important remblai comblant l’intérieur de cet espace n’a pas pu être intégralement retiré interdisant toute interprétation sur sa fonction originelle et notamment sur les accès ainsi que le lien chronologique entre cet espace et la chapelle Sainte-Madeleine érigée au-dessus. Des ossements humains présents dans ce remblai laissent suggérer l’existence de vidange partielle du cimetière situé au-dessus et non de charnier à proprement parlé comme le pensait Léo Drouyn.

Une étude du creusé des fronts de carrières a été réalisée dans le but d’appréhender les différentes phases de constructions et d’exploitations le tout confronté aux données de terrain et à la documentation écrite. Il semble probable que l’extraction du calcaire sur le plateau Sainte-Madeleine soit très ancienne pouvant remonter à l’époque gallo-romaine comme semble l’attester le terminus ante quem obtenu avec l’identification de tombes creusées dans la paroi rocheuse verticale datées des XIe-XIVe siècle. Les textes à partir du XVIe siècle apportent leur lot d’information pour l’étude des carrières et sur l’exploitation intensive opérée sur le plateau au détriment du cimetière. L’exploitation du rocher par les carriers entre la chapelle Sainte-Madeleine et la portion du cimetière conservée sur la parcelle AO 106 aurait provoqué la disparation de plus de 540 tombes rupestres.

Il reste de nombreuses questions non résolues notamment sur les sépultures repérées sur la parcelle AO 87. Leur dégagement complet permettrait d’avoir une idée sur la densité de l’occupation funéraire, sur la chronologie des contenants et apporterait des éléments complémentaires à l’analyse biologique menée au cours de notre intervention. Ces données biologiques affineraient nos connaissances sur ce cimetière dont les sources écrites modernes révèlent par ailleurs la présence de lépreux, de pestiférés, et l’inhumation de personnes relevant de la religion protestante. Un relevé complémentaire lasergrammétrique devrait être effectué sur le reste de la paroi rocheuse et sur les tombes rupestres de la parcelle AO106 afin d’avoir une vision tridimensionnelle complète du site.

Natacha SAUVAÎTRE

*Programme de recherches de l’université de Bordeaux 3, Michel de Montaigne-UMR Ausonius 5607 « Des Vallées et des hommes dans l’Aquitaine médiévale. Villes et châteaux dans les basses vallées de la Dordogne et de la Garonne » et dans le cadre du programme collectif de recherche « Saint-Émilion et sa juridiction : genèse, architectures et formes d’un territoire ».

**Relevés lasergrammétrique et photogrammétrique O. VEISSIERE, Patrimoine numérique