Fiche

Responsable : 
Mélanie CHAILLOU
Période de fouille : 
2011
Localité : 
Cadalen (Tarn)
Type d'opération : 
Période : 
,

Résumé

Le projet de réhabilitation de l’ancienne église Notre-Dame del Sauze de Cadalen en médiathèque intercommunale a incité le service régional de l’Archéologie à prescrire une analyse archéologique préalable du bâtiment. En effet, malgré une conversion à des fonctions publiques après 1860 et l’effondrement de son clocher en 1951, emportant ses voûtes et son gouttereau sud, l’édifice possède encore deux travées intactes et un beau portail de style roman inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1927 (fig. 1). Et bien que deux descriptions de É. Rossignol et V. Allègre documentent le site – respectivement antérieures à l’abandon de l’église comme lieu de culte et à l’effondrement du clocher – celui ci ne bénéficiait pas encore d’un examen approfondi.

Confiée à la société Hadès, l’étude s’est déroulée pendant 20 jours entre février et mars 2011. Réalisée par deux archéologues, elle a consisté en une étude la plus exhaustive possible des élévations visibles sous les enduits, accompagnée de deux sondages, au sud du chevet et contre le parement intérieur du gouttereau sud. Leur objectif principal était d’identifier les niveaux de fondation des murs et l’emplacement des niveaux de circulation médiévaux. Un relevé topographique et une étude documentaire succincte complètent ces données.

Le castellum de Cadalen apparaît, dans les textes compilés dans l’Histoire Générale de Languedoc, dès 1062, mais ni la communauté qui l’entourait peut-être, ni son lieu de culte ne sont évoqués. Il faut attendre 1400 pour obtenir la première mention de l’église paroissiale, déjà sous son vocable actuel, dans le testament du prêtre Jean Catoly qui en avait la cure. Selon É. Rossignol, cette église ne serait consacrée qu’en 1551, mais l’acte auquel il se réfère avait déjà disparu à son époque. Plus d’un siècle passe avant que ne soit livrée une première description – fort vague – de l’édifice, lisible en filigrane d’une visite paroissiale datée de 1676. Il en ressort qu’un des piliers du clocher a été endommagé par la foudre. Par la suite, plusieurs documents, allant de la fin du XVIIe au XXe siècle, s’inquiètent de cet état de fait – soit que les travaux nécessaires n’ont pas été réalisés, soit qu’ils ont été insuffisants. C’est en effet cette faiblesse qui a eu raison de l’édifice au milieu du XXe siècle.

L’analyse archéologique a mis en évidence quatre premières phases de construction, uniquement pour l’édifice médiéval (fig. 2). Celui-ci est caractérisé par un appareil régulier de grès, mais dont les moellons présentent un module et des couleurs variables : petits, sombres et allongés en partie inférieure et clairs et trapus à partir de 4,50 m d’élévation – et ce quelle que soit la phase de construction considérée. Commencée sans doute dans la seconde moitié du XIIe siècle par son chevet en hémicycle scandé de colonnes engages (fig. 3), l’église est prolongée progressivement vers l’ouest. De nombreuses reprises à l’emplacement de la travée sous clocher trahissent peut-être quelques hésitations au moment de l’érection de celle-ci. Le portail sud marque l’achèvement de ce premier édifice, peut-être dans la deuxième moitié du XIIe ou au tout début du XIIIe siècle. L’intérieur de l’église était parcouru par une banquette saillante, désormais arasée sur ses trois premières assises, sur laquelle prenaient naissance les supports verticaux, vraisemblablement sans base moulurée.

Cependant, bien que les ressauts de fondation des murs aient été mis au jour 56 à 70 cm sous le seuil d’origine supposé du portail sud, aucun niveau de circulation médiéval n’est conservé (fig. 4). Les éléments à disposition permettent néanmoins d’estimer grossièrement la situation du sol du XIIIe siècle environ 25 à 75 cm sous le pavement actuel, selon que celui-ci se trouvait au même niveau que le seuil du portail d’entrée ou plusieurs centimètres plus bas, au-dessus des ressauts de fondation des murs. Trois marches séparaient très probablement le pavement du chœur de celui de l’abside.

On ignore si les voûtes de l’église romane ont vraiment été construites ou si elles ont été détruites – volontairement ou non –, mais des croisées d’ogives en briques sont ajoutées au bâtiment probablement au début du XVIe siècle, peut-être après la reconstruction de la vis de la tourelle d’escalier du clocher. Ce réaménagement majeur, éventuellement contemporain de la surélévation du clocher avec une tour polygonale, pourrait être à l’origine de la (nouvelle ?) consécration de 1551, si cette date n’est pas fantaisiste. Seules les deux premières croisées ont résisté à l’effondrement du clocher (fig. 5). Bien qu’aucun élément ne permette de l’affirmer avec certitude, les voûtes doivent précéder l’arasement des banquettes, sans doute destiné à gagner de l’espace à l’intérieur de l’édifice (fig. 4). Les lambeaux du sol actuel de carreaux de terre cuite, qui recouvrent l’arase de ces banquettes, reposent sur des remblais contenant une grande quantité d’ossements humains sans connexion, datables au mieux du milieu du XVIIe siècle. Ce remblayage ne semble pas avoir été réalisé pour ce sol, mais pour un autre qui aurait disparu. En outre, É. Rossignol affirme que le pavement de l’église a été refait dans les années 1840. L’arasement précède incontestablement le sol du XIXe siècle, et il est peut-être même antérieur aux remblais supposés du XVIIe siècle. De plus, ceux-ci ont été mis en place dans un creusement – une purge de l’intérieur de l’église ? – qui s’arrête au contact d’une sépulture creusée quelques centimètres au-dessus du substrat (fig. 6) et dont les datations au 14C ont donné une fourchette anormalement basse, entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe siècle. En admettant que cette inhumation précède de peu l’abandon de l’église comme lieu de culte, les remblais et le sol ne pourraient donc être antérieurs aux années 1850. Peut-être correspondent-ils tous aux travaux évoqués par É. Rossignol une dizaine d’années plus tôt, mais ceux-ci seraient alors descendus très profondément et à une époque bien tardive.

À partir des années 1860, la nouvelle église, construite au sud-ouest de la première, la supplante. Notre-Dame del Sauze devient alors une école dans sa partie occidentale et sa partie orientale est convertie en hôtel de ville et en justice de Paix. Ces nouvelles attributions engagent des transformations, plus particulièrement à l’ouest : construction de cloisonnements horizontaux et verticaux, application d’enduits, bouchage des baies anciennes, ouverture de nouvelles fenêtres et du portail nord. Malgré l’occupation des lieux et des démarches pour un classement au titre des monuments historiques, faute d’entretien, le clocher s’effondre en 1951.

Outre ces étapes de construction, l’étude de l’édifice a mis en exergue certaines de ses singularités, comme l’absence totale d’ouvertures dans son gouttereau nord, excepté dans la tourelle d’escalier, et la présence inhabituelle d’une banquette sur tout le pourtour intérieur de l’édifice. Toutefois, la fouille n’a pas permis d’estimer avec exactitude l’emplacement du sol d’utilisation de l’église médiévale, bien que l’altitude des ressauts de fondation indique une altitude minimale. En outre, des incertitudes demeurent quant à l’interprétation et la datation des remblais intérieurs qui ont succédé à l’arasement des banquettes.

En effet, la surface fouillée – limitée à deux petites bandes le long du gouttereau sud – n’est pas assez représentative pour avancer des hypothèses fiables et les généraliser à l’ensemble de l’édifice (fig. 2). Aussi, dans la perspective de sa réhabilitation, il est souhaitable que les travaux à venir fassent l’objet d’une surveillance archéologique.

Mélanie CHAILLOU