Fiche

Responsable : 
Natacha SAUVAÎTRE
Période de fouille : 
2008
Maître d'ouvrage : 
Pierra Promotion
Localité : 
Dax (Landes)
Type d'opération : 
Période : 
, ,

Résumé

La fouille préventive effectuée sur l’emprise du lycée Saint-Joseph à Dax a porté sur une superficie de 2750 m². Les vestiges les plus anciens mis au jour lors de cette opération datent du Haut-Empire (Ier-IIIe siècles). Il s’agit d’un caniveau en tegulae, d’un bassin recouvert de béton de tuileau, et de trois bâtiments. Ces derniers sont orientés nord-est / sud-ouest, fondés sur des moellons de calcaires blancs et des blocs d’ophite roulés. Ces découvertes viennent combler une lacune archéologique dans un quartier méconnu de la ville antique.
Les rares éléments médiévaux sont localisés au nord-ouest du site et se composent de structures de type fossés (drains, parcellaires ?) et trous de poteaux.

Au cours de l’époque moderne, en 1614, un couvent de moines capucins est fondé. La fouille a mis au jour les vestiges très arasés de la chapelle et de sept bâtiments annexes rectangulaires. L’édifice cultuel a été dégagé sur plus de 26 mètres du nord au sud et présente une nef unique large de 9,5 mètres. Treize sépultures ont été dégagées, réparties dans les bâtiments annexes. Tous les sujets sont de sexe masculin, la plupart décédés alors qu’ils étaient relativement âgés (nombreuses traces de dégénérescences dues au vieillissement comme l’arthrose). La localisation des inhumations et l’analyse biologique des sujets indiquent que les défunts sont issus de la communauté religieuse.
Dans les secteurs sud et est de l’emprise, un vaste cimetière borde les vestiges du couvent. Parmi les 179 sépultures repérées, deux groupes ont été mis en évidence. D’une part un ensemble de 120 inhumations en cercueil, la plupart orientées nord-sud et, d’autre part, 59 sépultures en pleine terre orientées est-ouest. Les dépôts en cercueil correspondent probablement à une extension du cimetière paroissial à la fin du XVIIIe / début du XIXe siècle, sans pour autant qu’il soit mentionné dans les plans cadastraux. La plupart de ces sujets sont accompagnés d’éléments de parure (anneaux, boucles d’oreille…) et d’objets de piété tels que des chapelets et des crucifix.

Les sujets déposés en pleine terre constituent un groupe particulier au sein de l’espace funéraire. La position des corps indique qu’ils ont été « jetés » sans ménagement dans des fosses étroites. Ces fosses sont localisées dans la zone sud-est de l’emprise et sont organisées en rangées. À l’extrémité est de cette zone, les fosses contiennent un seul individu, parfois deux ; à l’ouest, elles peuvent en contenir quatre. L’étude taphonomique montre qu’il s’agit de sépultures multiples : les corps contenus dans une fosse ont tous été déposés simultanément. Aucun mobilier n’accompagne les défunts. Les connexions anatomiques articulaires sont généralement strictes, ce qui témoigne d’une décomposition en pleine terre. Il est probable que les sujets étaient dévêtus ou peu vêtus lors du dépôt. Cette gestion des corps, sans aucun soin, est typique d’une crise sanitaire au cours de laquelle les cadavres sont inhumés très rapidement pour limiter les risques de contagion. Les variations du nombre de corps par fosse indiquent une phase épidémique peu accentuée (début ou fin de crise) et il est possible que l’effectif par fosse soit égal au nombre de morts par jour.

L’étude anthropologique a permis de faire apparaître de nombreuses anomalies par comparaison à une mortalité théorique. Sur un échantillon de 34 sujets (série en cours d’étude), tous se révèlent de sexe masculin, avec un âge au décès compris entre 15 et 50 ans. Vingt-deux d’entre eux ont un âge au décès compris entre 20 et 30 ans. Ces éléments suggèrent une crise sanitaire au sein d’une population particulière, constituée de jeunes hommes, comme des soldats.

L’étude documentaire, menée par Éloïse Darracq, a montré que de nombreuses crises sanitaires (typhus, variole, méningite) avaient touché des soldats dans cette région au cours de la première moitié du XIXe siècle. Ces groupes de militaires effectuaient de nombreux déplacements et pouvaient être un vecteur de maladies.

Natacha SAUVAÎTRE, David PERESSINOTTO