Fiche

Responsable : 
Laure Leroux
Période de fouille : 
le 19 avril 2019, le 9 mai 2019 et du 14 au 18 octobre 2019
Maître d'ouvrage : 
Conseil Départemental du Tarn
Localité : 
Albi (Tarn)
Type d'opération : 
Période : 
,

Résumé

Dominant la rive gauche du Tarn, le palais épiscopal de la Berbie constitue un édifice unique par son ampleur et sa complexité, et incarne l’un des monuments emblématiques de l’architecture méridionale (fig. a). L’ensemble palatial se déploie au sein d’une forteresse de briques, retranchée du contexte urbain quoique ses fortifications soient également parties prenante du dispositif défensif de la ville. Il s’organise autour d’une cour d’honneur, circonscrite au sud-est par une tour carrée, prolongée vers l’est par un bâtiment désormais connu comme la chapelle Notre-Dame. Une aile en retour, dite l’aile d’Amboise, clôt la cour d’honneur à l’est et s’achève sur une tour circulaire, la tour d’Amboise. Depuis l’aile d’Amboise, l’aile des suffragants barre la cour au nord, joignant la tour Sainte-Catherine, imposant quadrilatère f lanquée de tourelles circulaires à laquelle est accolée la tour Saint-Michel. Au nord se développent les jardins de l’évêché ainsi qu’une deuxième cour, délimitée par une courtine formant galerie, qui joint la tour d’Amboise et la tour de l’Octogone, elle-même accostée par une aile dite de Stainville.

Classé dès 1862 au titre des Monuments Historiques, le palais de la Berbie est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco en 2010. Les travaux menés dans les années 2000 ont donné lieu à des découvertes archéologiques majeures concernant ce palais épiscopal, et les recherches se poursuivent depuis lors sous la forme d’un Programme Collectif de Recherche. Dans le cadre de travaux de restauration des couvrements de l’aile d’Amboise, de la tour qui lui est affiliée et de la galerie d’Amboise en suivant, le Service Régional de l’Archéologie d’Occitanie a prescrit une étude de la lucarne monumentale de la tour d’Amboise, méconnue du fait de son inaccessibilité, couplée à une analyse lithographique afin de guider la restauration, ainsi qu’une étude de la charpente de la galerie d’Amboise, conjuguée à des analyses dendrochronologiques (fig. b). Certes ponctuelles, ces investigations, parce qu’elles s’inscrivent dans l’approche globale du monument que développe le Programme Collectif de Recherche, ont livré des données inédites précisant la chronologie et le programme de ces ouvrages.

Leurs datations les attribuent à l’épiscopat de Louis d’Amboise, figure exemplaire du prélat de la fin du Moyen Âge. Issu d’un lignage tourangeau, son absolue fidélité envers Louis XI l’introduit dans le Conseil du roi, et il obtient l’évêché d’Albi en 1473 (fig. c). Outre l’embellissement de la cathédrale d’Albi, il investit également dans la réfection de son palais, et en particulier des étages et des couvrements, ainsi qu’en témoignent les analyses dendrochronologiques : la charpente de l’aile des Suffrageants est réalisé en 1480, et lui fait suite celle de l’aile d’Amboise l’année suivante. En 1482, est entrepris le couvrement de la galerie d’Amboise, une galerie- promenoir empruntant commodément le plan d’une ancienne courtine médiévale. Avatar de l’architecture noble dès le XVe siècle, cette galerie est magnifiée par un plafond en accolade, dont les aisseliers évoquent des caissons, sur le modèle des plafonds de l’hôtel Jacques Cœur à Bourges (fig. d).

Au début des années 1490, et sans doute suite au changement de règne, les Albigeois, dont les conflits avec leur seigneur temporel, l’évêque d’Albi, sont multiséculaires, s’emparent du prétexte d’un conflit religieux pour se compromettre dans une émeute et assiéger le palais épiscopal, espérant l’appui du roi. Le soutien de Charles VIII à Louis d’Amboise révèle un nouvel équilibre des pouvoirs, et affirme la légitimité de l’autorité de l’évêque en tant qu’émanation de la volonté royale. De cette période semble dater l’adjonction au couvrement de l’aile d’Amboise de lucarnes à haut gâbles (fig. e), dont la composition est un emprunt aux réalisations royales, les logis du château d’Amboise et d’Angers, constituant un manifeste de cette nouvelle dialectique des pouvoirs. Sans doute afin de dégager la visibilité de la lucarne nord, la charpente de la galerie d’Amboise est déposée puis remontée, et sa structure à chevrons formant fermes et faux-entraits est complétée par des poteaux, la datation des nouveaux bois se situant vers 1494.

Par la suite, le plafond de la galerie d’Amboise est diminuée d’une travée dans le cadre de l’édification d’un dôme couvrant la tour dite de l’Octogone, à l’extrémité nord de la galerie. D’après l’examen du décor peint qui orne ce plafond, il serait synchrone de ce remaniement, plaçant au centre de la composition les armes de la famille d’Elbène, dont deux membres se sont succédés à la tête de l’évêché d’Albi de de la fin du XVIe siècle au premier tiers du XVIIe siècle.

Des transformations conséquentes sont également intervenues lors des restaurations de la période contemporaine : nombreuses et insuffisamment documentées, elles ne se limitent pas à des réfections techniques mais accentuent certains traits en fonction de la compréhension du monument.