Fiche

Responsable : 
Laura Deye
Période de fouille : 
2016-2018
Maître d'ouvrage : 
Conseil général des Bouches-du-Rhône
Localité : 
Arles (Bouches-du-Rhône)
Type d'opération : 
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Période : 
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Résumé

Entre le mois d’août 2016 et le mois de septembre 2018, les travaux de restauration du Museon Arlaten ont permis de réaliser une étude exhaustive des élévations ainsi que des fouilles archéologiques accompagnées de suivis archéologiques complété par la documentation graphique et l’enregistrement des vestiges antiques mis au jour lors de fouilles anciennes. Dans le cadre de cette opération, une recherche en archives réalisée par Philippe Rigaud apporte quelques informations quant à la configuration de cet îlot urbain à l’extrême fin de la période médiévale et au début de la période moderne. Elle complète une bibliographie déjà conséquente sur cet ensemble monumental dont la construction s’échelonne du XVe au XIXe siècle auquel s’ajoutent les constructions antiques conservé dans la cour intérieure.

Sur l’emprise de l’îlot étudié, ce secteur est parcouru par une voie antique orientée sud-est – nord-ouest, localisée au sud du forum adiectum (fig. a). Dans un second temps, contre cette voie, est installé un bâtiment dont l’orientation montre qu’il s’insère dans la trame orthonormée de la ville augustéenne. Il est possible que ce bâtiment primitif corresponde aux élévations bordant, à l’ouest, la place monumentale datée par M. Heijmans des années 125 – 75. Puis, est construit le forum adiectum, attribué l’époque tibérienne par M. Heijmans et dont la construction interviendrait après celle du forum majeur et de ses substructions. L’extension du forum par une nouvelle place monumentale voit l’abandon de ce bâtiment primitif au profit d’un portique monumental établi sur la nouvelle limite occidentale. L’exèdre fermant la partie méridionale de la place est ouverte sur sa partie centrale par une entrée en lien direct avec la voie méridionale.

Entre le Ve et le VIe siècle, une nouvelle enceinte urbaine est construite, réduisant la surface de la ville fortifiée. Elle prend appui contre l’entrée et la partie occidentale de l’exèdre en direction du sud-est ; en résulte l’abandon de la voie antique. Une portion de ce rempart vient border à l’extérieur la partie orientale de cette exèdre, laissant un passage de circulation de quelques mètres entre les deux structures. Les relations entre les deux segments du rempart n’ont pu être observées, mais il semblerait que le segment orienté sud-est – nord-ouest résulte d’une seconde phase de construction.

À l’est du forum adiectum et peut-être de l’enceinte déjà construite, des vestiges datés entre le Bas-Empire et le VIe siècle, se caractérisent par des niveaux de sol et un bâtiment fermé de murs en terre et associé à un niveau de circulation. Son sol est ainsi établi près de 4,25 m plus haut que le sol de la place publique.

Les siècles suivants sont très mal renseignés, à l’instar de l’occupation générale de la ville. Les cadastres du XVe siècle, dépouillés par l’historien

  1. Rigaud en 2016, et les données archivistiques recueillies par V. Eggert et
  2. Naudeix en 2009 permettent ainsi de proposer un phasage chronologique des vestiges mis au jour lors des terrassements et des élévations conservées (fig. b). Les maçonneries dérasées mises au jour dans l’aile ouest présentent des orientations proches qui tendent à les considérer comme contemporaines de la demeure barlongue dotée d’une tour d’escalier, bordant l’ancienne rue Balze qui limite l’îlot au nord et la rue publique joignant cette dernière à une ancienne rue orientée est-ouest, autrefois située sur l’emprise de l’îlot. Identifiée comme lostal de Ponson d’Ayguieras mentionné en 1424, il s’agit d’un corps de logis, orienté nord-est – sud-ouest, pourvu de deux étages et d’un toit-terrasse. Il est desservi par une tour d’escalier hors-œuvre siégeant dans la cour occidentale de la propriété (fig. c).

D’après les cadastres du XVe siècle, il semble que cette demeure confronte au sud avec l’espace à ciel ouvert de lostal dAnthony de Biendray. La famille de Biendray est mentionnée dès 1424 comme étant occupante de la maison ayant appartenu à la famille Porcelet qui détient une maison mentionnée en 1346. D’après les différentes données archivistiques, il apparaît que cette maison occupe la partie occidentale de l’îlot. Les terrassements réalisés dans la pièce localisée à l’angle sud-ouest du musée ont permis d’observer des niveaux attribués au bas Moyen-âge qui coïncident avec les différentes mentions de la propriété de la famille Porcelet.

Il semble qu’un espace non bâti occupe la partie centrale de l’îlot, comme l’ont confirmé les terres de jardin observées lors du décaissement du parvis du musée en septembre 2018. Il en est de même pour la partie située à l’est de la demeure de Ponson d’Ayguieras. En effet, le bâtiment antique mis au jour dans la courette et qui bordait à l’extérieur le rempart est abandonné et l’espace est alors occupé par un jardin médiéval caractérisé par la présence de fosses de plantations et des niveaux de terre à jardin. Durant cette séquence chronologique, on assiste également à l’aménagement d’un espace construit, interprété comme une cave qui pourrait se développer sous le jardin de l’hôtel.

Dans une seconde phase, la disposition de l’îlot évolue sur sa partie nord-ouest avec, a minima, la destruction d’immeubles au profit d’une construction quadrangulaire, presque carrée. Cette construction, apparentée à un logis, dont la surface au sol est approximativement de 35 m2 semble posséder deux étages et prend ainsi vraisemblablement la forme d’une tour à l’angle des actuelles rues Balze et Frédéric Mistral. Les niveaux supérieurs sont peut-être distribués par un escalier à vis dans l’angle sud-est de l’édifice éclairé par une petite baie. Cette construction est attribuée à la fin du XVe – début XVIe siècle.

C’est sans doute à cette époque que Honorat de Castellane, descendant de Ponson d’Ayguieras, acquiert cette partie de l’îlot. F. Benoît indiquait une transaction avec la famille de Biendray en 1505. Un document de 1515 assure que la demeure d’Honorat de Castellane occupe la partie occidentale de l’îlot entre les rues Balze, F. Mistral et de la République et s’étend au sud avec l’acquisition d’une cuisine et d’une cour appartenant à la famille de Biendray. Il est probable que cette dernière acquisition permette à Honorat de Castellane de construire un bâtiment afin de relier la demeure héritée de ses aïeux à l’est de l’îlot et la tour-logis placée à l’ouest. Il est ainsi le commanditaire d’un premier état de l’hôtel de Laval décrit dans l’inventaire de 1547 : une maison formée de deux ailes (nord et est) dont les deux étages sont distribués par une tour d’escalier. La distribution des bâtiments primitifs s’en voit bouleversée. En 1547, l’inventaire de l’hôtel de Laval révèle qu’à cette date, la famille de Biendray occupe toujours la partie sud de l’îlot, faisant face à l’église des Trinitaires (sud-ouest de l’îlot). C’est sans doute durant la seconde moitié du XVIe siècle que le volume formé par la tour primitive au nord-ouest est prolongé au sud.

Durant le siècle suivant, les Pères Jésuites investissent l’hôtel particulier pour y établir le Collège. Ils font alors bâtir dès 1654, une église sur les parcelles attenantes à l’est. Puis, en 1687, le collège est agrandi vers le sud par l’achat de l’hôtel Broglio et des petites boutiques voisines qui limitaient au sud l’îlot. En 1738, la partie méridionale de l’îlot est détruite car jugée trop vétuste au profit d’une nouvelle construction : trois ailes du collège sont ainsi bâties dont l’aile principale et centrale limite au sud l’îlot tandis que les ailes en retour, s’appuient sur celles de l’hôtel Laval-Castellane.

En1863, l’hôtel de Laval est fortement impacté par les travaux d’Auguste Véran qui dirige la démolition de la demeure de Ponson d’Ayguieras, vestige de la trame parcellaire du bas Moyen-âge, pour agrandir la cour intérieure et élever une nouvelle aile orientale dans le prolongement de celle bâtie en 1738. Cette nouvelle construction engendre aussi la destruction de deux chapelles latérales de l’église du Collège.

Les dernières transformations sont réalisées au début du XXe siècle lorsque Frédéric Mistral amorce l’installation de son musée dans l’ancien collège. Ces modifications impactent les distributions et les espaces voués à recevoir les collections. De grands travaux de restauration affectent les façades et le couronnement de l’ancien hôtel de Laval.