Fiche

Responsable : 
Nicolas Prouteau
Période de fouille : 
2019
Localité : 
Scorbé-Clairvaux (Vienne)
Type d'opération : 
Période : 
, ,

Résumé

Le PCR « Le Haut-Clairvaux, morphogénèse d’un pôle châtelain médiéval à la frontière Poitou, Anjou et Touraine (XIe-XVe s.) » a entamé en 2017 la première année de sa seconde triennale. Initié en 2014[1], ce programme de recherche a permis de travailler sur cinq zones du site et d’approfondir trois thématiques de recherche définis lors de la création du PCR :

– Histoire, topographie et territoire du pôle châtelain.

– Origines et évolutions des dispositifs défensifs et résidentiels.

– Conditions d’implantation et évolutions du pôle religieux et de l’espace funéraire.

La campagne de fouille menée en juin et juillet 2019 a permis d’approfondir encore la connaissance du site castral. Contrairement à la première triennale, le programme de fouilles s’est concentré sur trois zones, toutes localisées dans l’ancienne cour présumée du château.

 

Une forteresse entre Poitou, Anjou et Touraine

Les premières mentions de seigneurs de Clairvaux datent de l’extrême fin du XIe siècle. Issu d’un puissant lignage angevin, le seigneur Belot de Clairvaux gravite pourtant dans l’entourage des vicomtes de Châtellerault pendant la première moitié du XIIe siècle. Ce dernier semble à l’origine du premier château intégrant tour résidentielle à contreforts, chapelle castrale monumentale et une enceinte dont on a du mal à identifier le tracé. Le site repasse dans les mains d’un lignage angevin, en l’occurrence celui de Durtal, comprenant aussi la seigneurie de Mathefelon par l’intermédiaire d’Hubert IV de Champagne et Hugues III de Mathefelon. Richard Cœur de Lion, alors comte de Poitou et Duc d’Aquitaine, capture le site et lance un vaste programme de fortification en érigeant une immense tour en fer-à-cheval (20 m de diamètre, 29 m de haut) enchapant la tour carrée à contreforts et en installant deux tours quadrangulaires au nord du château contre l’enceinte. Plusieurs familles se succèdent ensuite à la tête de la seigneurie au cours des deux siècles suivants. Les plus notables sont notamment les Maillé, qui ont notamment donné deux sénéchaux au Poitou, Hardouin IV et Hardouin V, et la famille de Chabot et de la Tour-Landry. Il est probable qu’à la fin du Moyen Âge, les hôtels particuliers urbains et les palais-résidences plus grands soient préférés à la forteresse vieillissante du Haut-Clairvaux, où les aménagements dédiés au confort et à la résidence sont mineurs.

Une démarche pluridisciplinaire pour étudier un site complexe

Les méthodes d’analyse conjuguent recherches documentaires, fouilles sédimentaires, étude archéologique des élévations, archéométrie, prospections. La première opération de 2014 a débuté par une campagne de relevés topographiques et une prospection géophysique. L’ensemble des élévations, des emprises de fouilles et des sondages font l’objet d’une numérisation 3D. Un système d’information géographique a été élaboré afin d’optimiser les représentations spatiales. La diversité et la complexité des vestiges ont imposé une combinaison de différentes techniques et méthode. Le Projet Collectif de Recherches sur le Haut-Clairvaux rassemble depuis 2014 des universitaires, chercheurs, archéologues spécialistes de l’Inrap et d’entreprises privées (Hadès, Arkémine, Archemetros), de doctorants, étudiants collaborant autour de différentes thématiques de recherche.

Un réseau de souterrains très dense

Suite au dégagement complet d’une entrée sur paroi découverte en 2017 et de la rampe la précédant, plusieurs salles et galeries (Zone 1) ont été étudiées et ont fait l’objet d’un levé topographique. Un sondage a été réalisé dans la salle 1 située juste après l’entrée sur paroi. Deux niveaux de circulations très distincts ont été décelés, témoignant d’une réorganisation probable de l’espace souterrain. Bien que les ensembles fauniques soient présents dans des couches plus disparates que dans la zone 3, douze squelettes de chiens ont aussi été découverts, renforçant l’hypothèse d’élevages de meutes de chasses et d’espaces de chenils à l’intérieur de la cour du château. Cette salle ouvre sur un vaste réseau, déjà suspecté dans ce secteur depuis 2015. Plusieurs structures souterraines seront donc à étudier dans les prochaines campagnes de fouille.

Des structures d’habitat à l’intérieur de la cour du château

Au nord-ouest du site (Zone 3), la fouille de 2018 a permis de dégager un bâtiment accolé au nord de la porterie et son couloir découverts en 2017. Le bâtiment, de plan trapézoïdal, est accolé contre l’enceinte, et constitue l’une des premières structures d’habitat fouillées dans le château. Remaniée à plusieurs reprises, la salle contient trois silos et a vraisemblablement servi d’espace domestique et de stockage. Une structure de type mangeoire et 11 squelettes de chiens ont été mis au jour dans l’enceinte de la pièce. Ce bâtiment est antérieur aux tours quadrangulaires découvertes en 2015 et 2016. La poursuite des investigations en 2019 a permis la découverte de deux autres bâtiments, accolés au sud de la porterie. Le secteur 3 se révèle donc être une zone densément construite autour de la porterue, et ce avant l’installation des deux tours quadrangulaires à tourelles d’angle. 

Un châtelet d’entrée coudé au pied de la tour-maîtresse

Les recherches se sont également concentrées au nord-est du site (Zone 4), au pied de la tour-maîtresse, sur un fossé profond, taillé dans le rocher calcaire. Cette structure fossoyée aux parois verticales mesure 10,40 de longueur pour 5,50 m de largeur. Sa profondeur, présumée à 4,30 m en 2017, est en réalité désormais actée de façon beaucoup plus certaine à 6,90 m. Ce fossé, orienté est-ouest, est en fait un couloir d’accès vers l’intérieur du château constituant avec le châtelet d’entrée au sud, une entrée coudée aux aménagements complexes. La structure a été remplie en deux comblements successifs par la démolition de la tour-maîtresse et des bâtiments situés aux abords, aujourd’hui disparus. Ses parois verticales présentent plusieurs types d’empochements pouvant indiquer l’usage d’une structure en bois couvrant le passage en fond de fossé. Une porterie monumentale a été mise au jour à l’ouest du fossé. Réparée à plusieurs reprises et finalement bouchée, elle permet de mieux comprendre les différentes phases d’utilisation du fossé. Au nord de la zone de fouille ont été découvertes les fondations d’un bâtiment installé sur le plateau rocheux. Plusieurs maçonneries effondrées et une citerne attestent de l’occupation dense de la zone et de son démantèlement volontaire à la fin du Moyen Âge, début de l’époque moderne.

Ce projet collectif de recherches permet de mieux documenter ce site patrimonial majeur du nord du Poitou, propriété de la commune de Scorbé-Clairvaux, qui souhaite en assurer la conservation à long terme et la valorisation à destination du plus large public. L’ensemble des données collectées alimente donc la connaissance du site et constitue une documentation scientifique irremplaçable. L’année 2020 est réservée à la compilation des données et l’étude complète des mobiliers en vue de publications.

[1]  PCR et fouille programmée sous la direction de Didier Delhoume entre 2014 et 2016 et de Nicolas Prouteau depuis 2017.