Fiche

Responsable : 
Raphaël Macario
Période de fouille : 
2015-2017
Maître d'ouvrage : 
SNC Révolution
Localité : 
Limoges (Haute-Vienne)
Type d'opération : 
Période : 

Résumé

La fouille de l’espace Révolution à Limoges s’est déroulée en deux campagnes. La parcelle située 38 rue de la Croix-Verte (parcelle 166) a été explorée entre le 31/08/2015 et le 23/10/2015, soit une durée de 8 semaines. Elle a mobilisé durant la phase terrain une équipe de 10 à 12 archéologues et spécialistes. La fouille des anciens parkings de la clinique Chénieux s’est déroulée entre le 24/07/2017 et le 22/09/2017, soit un total de 8 semaines également. Elle a mobilisé sur le terrain une équipe composée de 11 à 13 archéologues et spécialistes. Cette fouille intervient dans le cadre d’un vaste projet d’aménagement sur le site de l’ancien centre médical qui verra la réalisation de logements, d’espaces commerciaux et de services.

La parcelle fouillée en 2015 mesure 50 m de long sur 20 m de large soit une superficie d’environ 1000 m2. Dans l’angle nord, une surface de 11 m de large sur 18 m de long n’a pas pu être explorée en raison de la présence de deux caves modernes et d’un imposant magnolia conservé dans le projet d’aménagement. Le décapage mécanique initial a permis le retrait de la terre végétale et d’une couche de remblai médiéval à moderne d’un peu plus d’un mètre d’épaisseur, correspondant vraisemblablement à des terres de culture ou de jardin. Les vestiges mis au jour sous ce premier niveau sont tous datés de l’Antiquité, entre le Ier et la fin du IIIe siècle de notre ère. Trois secteurs bien différenciés ont pu être identifiés : une voirie, un secteur artisanal ou commercial et un habitat.

Dans la partie sud-ouest de l’emprise, une portion de voirie a été mise au jour. Elle présente une orientation nord-ouest – sud-est et traverse toute la parcelle dans le sens de la largeur. Cette rue s’inscrit précisément dans le réseau viaire mis en évidence par les travaux de J.-P. Loustaud et son tracé correspond au théorique cardo C-3. La chaussée a pu être observée sur près de 18 m de long. Elle présente une largeur comprise entre 7 et 8 m. Elle est constituée de plusieurs recharges de galets, d’éclats de pierre et de fragments de terre cuite architecturale, bien damées, sur une épaisseur comprise entre 0,30 et 0,70 m au maximum. En surface de légères ornières peu profondes sont observables. Deux petits fossés longent irrégulièrement les bords de la chaussée et devaient assurer l’évacuation des eaux pluviales. Côté sud-ouest, en limite de l’emprise de la fouille, un mur continu englobant des piles maçonnées, renforcées dans un second temps, nous permet de restituer un portique couvrant le trottoir le long de la voie. Les piles du portique pouvaient éventuellement assurer le support d’un premier étage en encorbellement au-dessus du trottoir. La maçonnerie est partiellement arasée, les moellons ont probablement été récupérés. L’élévation conservée sur 3 à 4 assises régulières atteint 0,50 m. La fondation est d’une hauteur équivalente. Les piles maçonnées, dans leur second état, comportent une fondation importante de 0,80 m de hauteur. L’entraxe entre chaque pile est d’environ 2 m.

Côté nord-est, le trottoir a connu au moins deux états. Dans un premier état, la rue semble avoir été sensiblement plus large et s’étendait jusqu’à la tranchée 69, large de 0,50 m, qui assurait le rôle de fossé bordier. Le premier trottoir se développait alors au nord-est du mur 87, conservé sur une vingtaine de centimètres dans la berme nord, sur une largeur indéterminée. Un puits public était alors aménagé au milieu de la chaussée, comme cela a pu être observé ailleurs à Limoges. Son diamètre est de 0,80 m pour une profondeur de près de 10 m. Il est maçonné en partie supérieure et présente des encoches régulières dans la paroi. Dans une seconde phase, un caniveau maçonné est mis en place le long de la voie. Il est partiellement détruit et seules quelques tuiles composant le fond et des portions des piédroits sont conservées, avec une élévation maximale de 0,20 m. Il mesure 1,20 m de large au total, 0,40 m pour chaque piédroit et 0,40 m pour le fond en tuile. Une série de piles maçonnées, supportant des dés de pierre, dont deux sont conservés, assurait le soutien d’un portique de ce côté également. Les dés de pierre mesurent environ 0,50 m de côté pour 0,30 m de hauteur. Les fondations des piles sont profondes de 0,50 m environ et l’entraxe entre chaque pile s’établit autour de 2,10 m.

À l’est de cette rue s’étend un secteur d’environ 11 m de large qui a connu plusieurs états. Durant une première phase, une grande fosse trilobée occupe le centre de cet espace. Elle mesure au total 11 m de long sur 10 m de large pour une profondeur d’1,20 m environ. Au moins un foyer et deux trous de poteaux complètent les aménagements de cette structure qui pourrait correspondre à une fosse atelier ou à une structure d’extraction de matière première. Durant une seconde phase une vaste structure sur pilier porteur est aménagée. Il nous en reste 5 à 6 massifs de fondation fortement arasés. Ils mesurent en moyenne 1,20 m de côté et sont disposés suivant une trame orthonormée plutôt régulière. Ils sont équidistants avec un entraxe moyen de près de 4 m. Quelques solins de pierres mal conservés complètent cette phase de construction. Il pourrait s’agir d’une vaste halle couverte située en bordure de voie et contemporaine du premier état de la rue. Ce secteur voit l’installation de trois puits. Les puits 30 et 31 sont réalisés en une fois côte à côte. Ils pouvaient être couverts par une margelle commune dont il ne reste que le négatif rectangulaire. Seule l’une des deux structures a pu faire l’objet d’une fouille intégrale. Le puits 29 est quant à lui maçonné en partie supérieure et a été fouillé sur 1,20 m uniquement.

Dans la partie nord-ouest de l’emprise, la fouille a mis en évidence les restes d’une domus urbaine organisée autour d’une vaste cour jardin. La demeure occupe une surface de 18 m sur 22 m. Elle se développe autour d’une cour centrale d’un largeur totale de 10 m pour une longueur observée de 14 m. Aucun aménagement bâti n’a été mis en évidence dans cette cour. Plusieurs sondages mécaniques ont permis d’observer la stratigraphie conservée avec un niveau de sédiment s’apparentant à de la terre de jardin.

Dans l’axe principal de la cour, sur le long côté situé dans l’emprise, s’ouvre une vaste pièce profonde de 7 m pour 8 m de longueur observée. Elle se prolonge hors emprise en direction du nord. Elle s’ouvre largement sur la cour jardin probablement au moyen de grandes baies séparées par des colonnes. Deux bases en pierre sont encore en place et marquent probablement l’emplacement des colonnes. Le sol de la pièce est réalisé en béton de tuileau, bien lissé mais sans décor particulier.

Un couloir de circulation probablement couvert par un portique court le long des trois côtés de la cour centrale. Il présente une largeur comprise entre 2 et 3 m. Il est revêtu d’un même béton de tuileau que la grande pièce axiale. Il permet d’accéder à cette pièce au niveau de son angle sud-est. Un petit couloir longe la paroi sud-est de la grande pièce et permet de sortir de la demeure côté sud-ouest.

L’angle sud-est de la maison est occupé par deux petites pièces contiguës qui composent un petit balnéaire. La pièce au nord-ouest (4,60 x 3,80 m) comporte une installation de canaux de chauffe qui courent le long des parois et un canal qui traverse la pièce. Ces canaux, qui permettent une circulation d’air chaud, sont alimentés vraisemblablement depuis la pièce en bordure de berme au sud-est (4,60 x 2 m). A l’extrémité de cette pièce côté sud-ouest se greffe un espace au sol empierré. Il est subdivisé par deux petits solins et doit constituer un espace de service de la demeure. A l’angle est de la cour ouverte, un ensemble de murs appartenant à un premier état délimite l’emplacement probable d’une cage d’escalier abandonnée par la suite.

Deux puits assuraient l’approvisionnement en eau de cette demeure. Le puits 64 correspond à un premier état de l’occupation. Ce puits maçonné en partie supérieure sera abandonné puis couvert par le sol de béton d’un couloir de la maison. Il est peut-être remplacé par le puits 27 installé en bordure de la cour.

 

La parcelle fouillée explorée en 2017 couvre une superficie d’environ 3 000 m² (64 m de longueur maximum sur 54 m de large). Le décapage mécanique initial a permis le retrait des niveaux contemporains (enrobés des parkings, couches préparatoires) et d’une épaisseur de remblais médiévaux à moderne d’un peu plus d’un mètre. Ces niveaux correspondent à des terres de culture ou de jardin et livrent un mobilier varié avec de nombreuses inclusions résiduelles antiques. Aucune structure organisée n’a été distinguée dans ces couches superficielles hormis quelques fondations modernes et un puits dans l’angle sud-ouest du site. Sous ces remblais superficiels, les niveaux et structures conservés datent de la période antique, principalement des quatre premiers siècles de notre ère.

Les niveaux et les structures mis au jour s’organisent de part et d’autre de deux tronçons de voirie qui se croisent à angle droit dans l’angle sud-est de la fouille. Ces rues, dont l’existence était attestée grâce aux observations conduites lors de la construction de la clinique, s’insèrent dans le système viaire mis en évidence par J.-P. Loustaud à l’échelle de la ville antique. L’axe nord-est – sud-ouest traverse l’ensemble de la parcelle au sud du chantier et doit correspondre au decumanus D-IV. Il a pu être observé sur une longueur totale de 25 m et la largeur maximale de la chaussée se porte à 8,40 m. Deux coupes mécaniques perpendiculaires ont permis de documenter plusieurs niveaux de recharge de pierrailles et cailloux séparés par de fines couches de circulation composées d’argile limoneuse. La rue comporte le long de sa limite nord un fossé bordier, dont on distingue deux états. Une petite fondation arasée, avec des blocs plus importants répartis dans la maçonnerie peut constituer l’assise d’un stylobate pour un portique couvrant le trottoir au nord. Ce dernier mesure 2,60 m de large. Son équivalent au sud se situe hors emprise et en restituant, par hypothèse, des dimensions équivalentes la largeur totale de cette rue (chaussée + trottoirs) se porterait à 13,60 m entre façades. L’axe nord-ouest – sud-est, qui correspond au cardo C-4, s’étend sur une longueur de 18 m pour la chaussée et un total de 38 m avec les trottoirs. Les niveaux de recharges successives, semblables à ceux du decumanus, ont pu être enregistrés au moyen de deux coupes mécaniques. La largeur de la chaussée atteint ici près de 10 m. Le long de sa limite sud-ouest est creusé un fossé bordier qui a connu plusieurs états avec des curages successifs. Il sera finalement remplacé lors d’une dernière phase par un caniveau maçonné dont il ne reste qu’une petite portion. Ce dernier est plaqué contre le parement d’un mur stylobate qui supportait le portique du trottoir. Des fondations pour des piles ou piliers sont nettement visibles bien que fortement arasées, avec un entraxe d’1,50 m environ. Côté nord-est, le trottoir était un peu plus large, autour de 2,80 m, avec une importante différence de niveau conservé, plus d’un mètre au-dessus de son pendant sud-ouest. La largeur totale de la rue entre les deux façades atteint 17 m.

Sous la chaussée un aqueduc est partiellement conservé. Il est maçonné dans sa moitié sud, sur 6,60 m de longueur, avec des piédroits soutenant une voûte en plein cintre. Le fond de la structure ne comporte pas de revêtement particulier. Il mesure 1,90 m sous voûte pour une largeur moyenne entre les parements de 0,60 m. Dans sa moitié nord-ouest, la canalisation est simplement creusée dans le substrat et ne comporte pas de maçonnerie. Des encoches profondes sont ménagées le long des parois et devaient recevoir des poteaux de bois de grande section (entre 0,40 et 0,50 m de diamètre). Disposés à intervalle régulier, entre 0,80 et 1 m, le long des parois du creusement, ils maintenaient peut-être un cuvelage en bois ou la couverture de l’ouvrage. Le pendage du fond se fait suivant la déclivité naturelle du nord-ouest vers le sud-est.

Enfin pour compléter les découvertes concernant la voirie, les trottoirs comportent une série d’aménagements qui interviennent dans une phase tardive. Il s’agit de neuf petites fosses ovales alignées. Peu profondes, elles mesurent en moyenne entre 0,80 et 1 m de longueur pour une largeur de 0,30 à 0,40 m. Elles se caractérisent par un comblement charbonneux et des parois rubéfiées.

De part et d’autre de ces axes de circulation sont élevés des bâtiments, qui pour certains connaissent plusieurs phases de construction et dont les fonctions restent imprécises. Le long du cardo, côté sud-ouest, prennent place trois grandes pièces qui partagent des caractéristiques communes. Leurs dimensions sont, du sud-ouest au nord-est, 9,60 x 7,40 m, 9,00 x 7,40 m et 8,40 x 6,00 m. Les niveaux de sol ont disparu et il ne reste qu’une couche de terre battue correspondant à un premier état au contact du paléosol. Les aménagements internes sont limités : quelques petits trous de poteau, de petites fosses, des surfaces rubéfiées. Elles comportent toutes en revanche un caniveau axial comportant deux piédroits maçonnés et le fond est bâti en tuiles à rebords. Ils se prolongent côté nord-est vers le fossé bordier du cardo.

Ces salles sont interprétées comme des lieux de stockage ou d’entrepôt. La pièce au sud, formant l’angle est de l’insula IV-3, est plus originale et relève sans doute d’une autre fonction. Cet espace est en effet ouvert au sud-est vers le trottoir du decumanus et fermé sur les trois autres côtés. Un puits, qui pourrait être public étant donné l’accès depuis la rue, en occupe le centre et une construction circulaire, se situe en limite ouest. Cette structure d’environ 1,60 m de diamètre comporte l’arase d’une fondation annulaire et évoque le laraire identifié au niveau du carrefour du decumanus D-VI et du cardo C-5 (Loustaud, Limoges antique, 2000, p. 92).

À l’extrémité nord-ouest de l’emprise, la fouille a pu mettre en évidence la présence d’un bâtiment que l’on peut interpréter comme une habitation. Plusieurs pièces couvertes par un sol maçonné ont été observées ainsi que l’emplacement probable d’une cage d’escalier. L’une des pièces présente un niveau de sol en tuileau qui comporte encore une assise de pilette d’hypocauste en terre cuite et les empreintes de supports supplémentaires. Cette demeure comportait donc un petit ensemble thermal ou au moins une pièce chauffée par le sol. La destination précise des autres espaces de cet édifice reste inconnue en l’absence d’équipement particulier.

La plus forte concentration de vestiges se situe dans la partie nord-est du site. La stratification y est par ailleurs plus importante avec trois états principaux. La première phase d’occupation se caractérise par des vestiges de murs dont subsistent essentiellement les solins de pierre. Ces fondations supportaient des élévations en terre montée sur clayonnage conservées partiellement sous la forme d’une couche de destruction rubéfiée. En raison des occupations postérieures, il est difficile de proposer un plan précis de ce premier bâtiment. Signalons toutefois une pièce de 4,60 m sur 2,80 m qui abrite une structure de cuisson. Il s’agit d’un four circulaire, d’1,60 m de diamètre, équipé d’un canal de chauffe annulaire dont la destination n’a pas été déterminée en raison de son arasement important et de la faible quantité de mobilier récolté (artisanat ? four culinaire ?). Les constructions de cette première phase connaissent une destruction par le feu : d’épaisses couches charbonneuses ont pu être observées dans le secteur et s’étendent partiellement au niveau des trottoirs du cardo. Elles seront remblayées puis recoupées par les tranchées de fondations des murs d’un second état. La seconde phase d’occupation voit l’érection d’un bâtiment organisé autour d’une vaste fosse que l’on peut interpréter comme une cave. Enfin le dernier état voit la construction d’un vaste bâtiment maçonné d’une superficie d’environ 220 m2. Les murs sont élevés en moellons de granit avec un appareil réticulé bien régulier en façade du cardo. Deux longs murs nord-ouest – sud-est sont bâtis en premier et servent d’appui à des refends perpendiculaires. Plusieurs pièces sont ainsi délimitées, couvertes dans une dernière phase par un sol bétonné. On distingue également un couloir, peut-être l’emprise d’une cage d’escalier et l’arase d’un mur dans l’angle nord du secteur comporte des empreintes de bases de colonne qui évoquent l’existence d’un portique. Cette construction correspond vraisemblablement à de l’habitat.

La fouille du 38 rue de la Croix Verte avait permis d’identifier un nombre conséquent de puits et c’est également le cas pour la seconde phase du chantier. Au total, sept puits ont été mis au jour sur la parcelle. Trois de ces structures ont pu être fouillées intégralement. Ils font en moyenne 8 à 10 m de profondeur pour un diamètre compris entre 0,80 et 1,20 m. Comme c’était déjà le cas lors de la première phase de fouille, l’un des puits est creusé au niveau de la chaussée du cardo dans l’un des premiers niveaux de recharge. Il s’agit vraisemblablement d’un puits public. Dans le secteur 4, le puits 204 a livré de nombreux restes de décors appartenant à un habitat : quart de rond en terre cuite, placage de marbre, fragments de colonnes et statuaire (Bacchus enfant ?). Le mobilier céramique est également abondant avec, notamment, plusieurs vases complets.

Les deux fouilles conduites en 2015 et 2017 nous offrent l’opportunité d’étudier vaste portion d’urbanisme à Limoges. Les conclusions du rapport permettent de dater les différentes phases d’occupation et de caractériser les vestiges mis au jour, complétant ainsi nos connaissances sur la ville antique d’Augustoritum.