Fiche

Responsable : 
Justine Saadi
Période de fouille : 
2019
Maître d'ouvrage : 
commune de Taluyers
Localité : 
Taluyers (Rhône)
Type d'opération : 
Période : 
, ,

Résumé

La commune de Taluyers est située à une vingtaine de kilomètres au sud- ouest de Lyon, dans le département du Rhône. Le village occupe un plateau granitique sur les premiers contreforts des Monts du Lyonnais. Le prieuré clunisien de Taluyers, installé en haut de la montée de l’église, domine le village actuel, dans le quartier du Châter1 à une altitude de 340 m NGF (fig. a). Les vestiges de l’enceinte ecclésiale ont marqué le paysage et sont encore visibles sur le cadastre napoléonien et le cadastre actuel. Le village de Taluyers se développe autour de l’église et du prieuré fondé à la toute fin du Xe siècle (fig. b). Dans la charte du cartulaire de l’abbaye de Cluny dédiée à l’ecclesiam Sanctae Maria de Taluzate (Taluyers), Blismode de Mercoeur donne, en 999, à Odilon, abbé de Cluny (frère : Odilon de Mercoeur) des terres in villa que vocatur Taluzatis, et une église dédiée à Sainte Marie et Sainte Maxime afin d’y fonder un prieuré2.

De l’occupation romane subsistent de nombreux éléments, comme en témoigne l’abside semi-circulaire flanquée de deux absidioles et d’un transept avec une coupole sur trompes, ainsi que les vestiges des bâtiments prieuraux qui se développent au nord de l’église (fig. c). Inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques, le 7 juin 1926, le chevet et le transept témoignent de constructions du Moyen Age central. De nombreuses réfections réalisées depuis le XVIIIe siècle ont remodelé l’architecture de cette dépendance clunisienne. Certaines restaurations ont été effectuées, car l’édifice souffre de problèmes d’humidité récurrents, particulièrement au niveau du chevet et de l’absidiole sud (fig. d). Afin d’endiguer ces problèmes d’humidité, qui endommagent les enduits peints intérieurs, un vaste projet de restauration a été mis en place au cours de l’année 2019. Ce projet comporte trois volets, dont la réfection du drain de pied de façade à l’aplomb de l’absidiole sud et du chevet et la création d’un drain de pied de façade dans la courette arrière (au nord-est du chevet), ainsi que l’assainissement du sol intérieur de l’absidiole sud (travaux de démolition sur 50 cm de profondeur) et le piquetage et la réfection des enduits intérieurs et extérieurs de cette même absidiole. Compte tenu du potentiel archéologique de ce site et de l’absence d’investigations antérieures, le Service Régional de l’Archéologie a préconisé un suivi de travaux visant à documenter et analyser les vestiges présents autour du chevet et des absidioles.

Cette opération archéologique s’est déroulée du 1er au 12 juillet et du 22 au 26 juillet 2019, sur une durée totale de 15 jours ouvrés. Elle a mobilisé une équipe de trois archéologues sur trois secteurs différents. Le secteur 1000, au sud-est du chevet, devait permettre d’affiner la chronologie et le phasage du chevet avec une étude du bâti portant sur le mur extérieur de l’absidiole sud. En complément de cette étude du bâti, la tranchée pour la réfection du drain de pied de façade devait fournir des informations sur la localisation des espaces d’inhumation et la possibilité de découverte de vestiges d’un édifice antérieur. Le secteur 2000, au nord-est du chevet, dans la courette arrière, devait permettre de localiser et de préciser la chronologie de l’espace funéraire. Enfin, le secteur 3000, correspondant à l’espace intérieur de l’absidiole sud, pouvait permettre de mettre en évidence des vestiges d’une occupation antérieure à l’église actuelle, de nous renseigner sur les espaces d’inhumation, mais également de documenter les niveaux d’occupation en lien avec le bâti existant.

Le secteur 1000 a été consacré au suivi de travaux de la réfection du drain de pied de façade de l’absidiole sud et de l’abside et au piquetage de l’enduit extérieur du mur de l’absidiole. Ces travaux ont permis de mettre au jour des réfections postérieures à la construction du chevet sur le mur de l’absidiole sud. L’étude de cette partie du chevet nous permet de montrer la contemporanéité de l’abside, des deux absidioles et du transept qui semblent s’insérer dans une construction homogène du XIIe siècle. En parallèle de ces données architecturales, la tranchée a révélé un espace funéraire, quasi entièrement démantelé par les travaux d’installation de l’ancien drain et du paratonnerre, mais dont subsiste tout de même, à l’angle entre l’absidiole sud et l’abside, trois sépultures, partiellement conservées, coupées par l’installation du chevet. Bien que peu de vestiges archéologiques subsistent dans ce sondage, ces trois structures funéraires (fig. e) permettent d’attester la présence de vestiges archéologiques antérieurs au chevet et au transept du XIIe siècle.

Dans la courette arrière, au nord-est du chevet, le secteur 2000 a permis de mettre au jour une occupation funéraire dense (fig. f). En effet, sur l’étroite bande qui constitue l’emprise de la tranchée de drain (0,80 m de large), les travaux ont mis au jour vingt sépultures, trois dépôts secondaires et des vestiges de maçonneries antérieures. Les inhumations se développent sur deux niveaux et confirment l’existence d’une zone funéraire dans ce secteur. Les investigations ont permis de comprendre la séquence stratigraphique d’une partie de cet espace, mais ne permettent pas d’en connaître les limites. De plus, de nombreux vestiges postérieurs en lien avec l’occupation et la réfection des sacristies et des bâtiments prieuraux ont impacté profondément les vestiges.

 

Les travaux de réfection du sol intérieur de l’absidiole sud, le secteur 3000, ont mis en évidence les vestiges d’un niveau d’occupation et les reliquats d’une base de table d’autel au centre de l’absidiole. Cet élément liturgique est contemporain du chevet et du transept. Le piquetage du mur, sur 1,50 m de haut, a révélé un appareil homogène percé de réfections postérieures en lien avec un aménagement liturgique démantelé. Ce secteur, a mis en évidence les stigmates du démantèlement des niveaux de circulation antérieurs, certainement causés par la destruction de la nef en 1732 (fig. g).

Les abords du chevet témoignent du passé médiéval de l’église de Taluyers. Les structures funéraires et les maçonneries découvertes permettent de mettre en avant le potentiel archéologique de ce site. Indéniablement présents en élévation, les vestiges romans s’installent sur une occupation antérieure permettant d’envisager la présence de vestiges de l’église Sainte- Marie et Sainte-Maxime mentionnée en 999 dans la charte de donation. La stratigraphie, bien que très impactée par les travaux de réfection postérieurs au XVIIIe siècle, nous livre des informations précieuses sur les niveaux de construction de l’édifice religieux du XIIe siècle et sur les niveaux d’occupation antérieurs à ce dernier. De futures investigations aux abords de l’église associées à un travail exhaustif de recherche en archives, permettraient d’enrichir les connaissances sur ce prieuré fondé à la toute fin du Xe siècle.