Fiche

Responsable : 
Fabien BLANC
Période de fouille : 
2010
Localité : 
Nice (Alpes-Maritimes)
Type d'opération : 
Période : 
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Résumé

Chœur de l’ancienne église des Frères Prêcheurs de Nice – Palais des Rois Sardes – Hôtel du département

À la suite d’une vaste campagne de restauration/restructuration de l’ancien Palais des Rois Sardes à Nice (aujourd’hui Hôtel de la Préfecture), un écroûtage général de la pièce dite « Atelier » dont la voûte présentait de nombreux désordres a été réalisé. L’ensemble était potentiellement sensible dans la mesure où l’on se trouvait au contact de l’ancien ensemble conventuel des Dominicains de Nice. Le Palais Sarde lui-même, anciennement Palais Royal, est installé sur l’emprise de cette parcelle depuis la fin du XVIe siècle au moins. Il y avait donc lieu de penser que nous pouvions être en présence de vestiges médiévaux et/ou modernes.

La pièce étudiée se trouve à l’extrémité occidentale de l’ancien Palais (fig. 1), sensiblement au milieu de la travée sud-nord. Elle se trouve au contact de l’actuel Palais de Justice et dessine un rectangle dont les grands côtés longs d’environ 9,50 m sont orientés est-ouest. Les petits côtés sont longs de 8,18 m et orientés nord-sud. La pièce est entièrement couverte d’une voûte en arc-de-cloître, composée essentiellement de briques, qui culmine à 5,70 m de hauteur.

L’analyse stratigraphique des parements a permis de mettre en évidence dix phases de construction/réaménagement de l’espace. De la première phase de construction subsistent les vestiges de plusieurs murs en briques (fig. 2) et de deux pilastres en pierre de taille. Ces maçonneries formaient ensemble une pièce parfaitement carrée de 8,18 m de côté. Elle était ouverte à l’ouest via les deux pilastres en pierre de taille conservés. Les éléments à notre disposition ne permettent cependant pas de restituer avec certitude la forme et la hauteur de l’élévation. Dans un second temps, le mur nord a été presque entièrement percé pour l’installation d’un arc brisé monumental en pierre de taille procurant une ouverture large de 5,50 m et haute d’autant. Parallèlement, le mur sud a également été ajouré pour la mise en place d’un autre arc monumental repéré en négatif par l’intermédiaire de son piédroit oriental en pierre de taille. L’ouverture créée était large de 4,20 m. Dans un troisième temps, ces deux larges ouvertures sont réduites d’environ un tiers par rapport à l’origine. Une quatrième phase voit l’obturation totale de la baie septentrionale avant qu’une étroite porte y soit percée. La cinquième phase de construction/réaménagement de l’espace coïncide avec la mise en place d’une puissance maçonnerie dotée d’un arc de décharge qui obture définitivement l’espace occidental entre les deux pilastres en pierre de taille. Dans la phase suivante, le mur oriental en brique est entièrement abattu avant d’être repoussé à l’est de 1,25 m.  La voûte actuelle en brique voûtée en arc-de-cloître est élevée au cours de la huitième phase de construction. L’élévation obtenue a ensuite été partitionnée au moyen d’un plancher et d’un escalier dont le négatif subsiste. A partir de ce moment, la plupart des baies existantes sont successivement obturées conférant à l’espace son aspect de dépendance intégrée à l’ensemble actuel.

La confrontation des sources écrites, iconographiques et archéologiques permet d’affirmer que la pièce-atelier de l’ancien Palais Sarde n’est autre que l’ancien chœur de l’église des Dominicains de Nice mentionnés dès la fin de la première moitié du XIIIe siècle. Cette découverte est d’autant plus intéressante et importante que l’on pensait l’église et les bâtiments conventuels totalement détruits et rasés consécutivement à la construction de l’actuel Palais de Justice à l’extrême fin du XIXe siècle. On possède d’ailleurs des photographies montrant la façade occidentale de l’église avant et pendant la démolition de l’ensemble (fig. 3). L’analyse des documents relatifs à la construction du Palais de Justice devrait permettre d’affiner nos connaissances sur les prescriptions relatives à la démolition de l’ensemble et ainsi à la conservation potentielle des substructions de l’église et des sédiments associés. Pour l’heure, il paraît nécessaire d’élargir l’enquête à la fois autour du Palais Sarde et du Palais de Justice afin de collecter un maximum d’informations et de pouvoir gérer plus simplement les atteintes potentielles aux sédiments et maçonneries susceptibles d’être encore conservés dans l’emprise de ces espaces.

S’agissant du Palais Sarde lui-même, le récolement réalisé avec un plan du XVIIIe siècle conservé à l’Archivio di Stato di Torino montre que des parties anciennes du couvent (notamment une partie du cloître) sont encore présentent en plan et très probablement en élévation. D’autres plans relatifs au Palais Sarde antérieurs à la Révolution sont conservés aux Archives Départementales des Alpes-Maritimes et à Turin. Ils permettront de compléter le travail de confrontation des vestiges.

Il reste que la présence de parements en brique potentiellement médiévaux mériterait que l’on prenne le temps d’effectuer des analyses archéomagnétiques. En effet, nos connaissance sur la chronologie, les techniques et l’emploi plus généralement de la brique au Moyen Âge dans les Alpes-Maritimes en est encore au degré zéro de la connaissance. Une fouille de la pièce devrait être programmée dans les mois à venir par le Service Archéologique Municipal de Nice en collaboration avec nous-même.

Fabien BLANC