Fiche

Responsable : 
Zénaïde LECAT
Période de fouille : 
2010
Localité : 
Saintes (Charente-Maritime)
Type d'opération : 
Période : 
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Résumé

En amont de la construction de logements sociaux et de lotissements à caractère privé prenant place dans le plan de rénovation urbaine (PRU) de la Ville de Saintes, une fouille préventive a été prescrite dans le quartier du Vallon. Ce dernier est situé rive droite de la Charente, à la limite orientale de l’agglomération saintaise, en dehors de la ville antique de Mediolanum Santonum, à environ 2 km à l’est de son centre urbain.

Six fenêtres ont été étudiées qui, cumulées, forment une superficie de presque un hectare sur les trois concernés par les travaux.

Ce quartier, comme son nom l’indique, est aménagé dans un vallon dont les hauteurs encadrent un thalweg d’axe à peu près perpendiculaire à celui de la Charente qui s’écoule à moins de 2 km à l’ouest. Ces particularités géographiques ne sont pas sans avoir influencé la forme donnée par leurs bâtisseurs aux structures antiques rencontrées sur ce site.

Cette fouille a permis l’étude de portions de voies antiques, de leur environnement, et de leur évolution au cours du temps.

La voie romaine D’orientation ENE OSO dans la partie orientale du chantier, la voie 1 traversait le vallon en biais. des radiers épais aménagés dans une tranchée de fondation, stabilisés à l’aide de structures latérales en terre, et supportant les niveaux de circulation, ont suffi pour viabiliser le terrain à l’endroit de la traversée de cet obstacle naturel.

Plusieurs importantes phases de rehaussement du sol ont été observées. Elles sont liées à des réaménagements successifs de la bande de circulation de la voie et de ses accotements, entraînant un comblement progressif du fond du thalweg.

Dans la partie orientale des fouilles, la voie 1 rejoignait la voie 2, aménagée à flanc de colline. Elle présentait une construction différente (des cailloutis de silex aménagés dans un creusement visant à aplanir le terrain calcaire) et semble avoir nécessité moins de reprises. Un tracé d’axe est ouest-a été adopté pour ce tronçon. Il est situé dans le prolongement de l’actuelle rue Arc de Triomphe, menant au monument éponyme.

Ces éléments semblent concorder avec une identification de cette route comme un tronçon de l’itinéraire Saintes Lyon, la Via Agrippa.

Les espaces funéraires Des sépultures ont été aménagées sur le bord de la voie : deux configurations différentes ont été observées.

D’une part, dans la partie orientale du chantier, des inhumations individuelles ont été disposées le long de la voie, sur son accotement méridional et suivant son orientation. Ces sépultures ne sont pas toutes contemporaines et l’occupation funéraire de cette zone est assez lâche.

D’autre part, plus à l’ouest, un deuxième espace funéraire a été mis au jour. Dans cette zone ne dépassant pas 40 m2, dix-sept sépultures se sont succédé dans le temps et se recoupaient.

Des traces de la pratique de la crémation ont également été notées : une fosse présentait des résidus de charbons et d’ossements. A également été étudiée une succession d’aires rubéfiées, témoignages possibles de bûchers de crémation ou de foyers liés à des rites funéraires difficiles à déterminer : repas funéraires ou autres pratiques commémoratives ? D’autres indices suggèrent qu’il s’agit d’un espace funéraire mieux aménagé, différent de celui observé plus à l’est. des niveaux de circulation y ont été installés et, vers le milieu du IIe siècle, une construction monumentale a été érigée. Elle pourrait être un dé supportant une structure commémorative dont l’identification demeure difficile à préciser, peut être un autel funéraire. Son orientation correspond à celle de la voie, qui était toujours en service à l’époque de sa construction. L’inhumation a continué à être pratiquée dans cette zone après cette installation, peut être jusqu’au IIIe siècle.

L’aqueduc Un tronçon d’aqueduc a également pu être observé à l’occasion de cette fouille. Ses vestiges se présentaient sous la forme de fosses de récupération. Seules demeuraient, en leur fond, les semelles d’un fin mortier destinées à racheter l’irrégularité du terrain calcaire, ainsi que de rares vestiges de ses fondations.

D’axe NNE SSO, l’aqueduc croisait le vallon de manière perpendiculaire. Malgré son mauvais état de conservation, son plan permet d’aborder la question de la technique retenue pour cette traversée. La présence des quatre piles permet de reconstituer une conduite aérienne en haut de la colline. Cette donnée, associée à la position de la structure longitudinale, incite à reconstituer un système de pont siphon.

Un ensemble bâti de fonction indéterminée Un ensemble bâti, bordant la voie du côté sud, a été relevé dans la partie occidentale de la fouille. La superficie occupée par cet aménagement, qui se poursuit hors emprise vers le nord et l’ouest, est de plus de 485 m2. Son plan partiel ainsi que son mauvais état de conservation ne permettent pas de déterminer de manière certaine sa fonction. Cette construction a, en effet, fait l’objet d’une récupération systématique et les matériaux prélevés ont été fondus dans un four à chaux. Certains indices pourraient faire penser à une auberge.

Des carrières d’extraction de calcaire Dans deux zones relativement éloignées l’une de l’autre, des creusements d’extraction ont été observés. Le substrat, à cet endroit constitué de pierre calcaire englobant des rognons de silex, ne permet pas la mise en forme de blocs réguliers. Les matériaux extraits ne peuvent avoir été que des éclats de calcaire et des rognons de silex, qui ont pu être utilisés pour la construction et l’entretien de la voirie peu distante.

La voie médiévale ou moderne Un tronçon d’une voie d’axe est ouest-a également été mis au jour sur le flanc septentrional du vallon. Il est impossible d’en préciser la datation. Il peut être médiéval ou moderne.

Zénaïde LECAT