Fiche

Responsable : 
Julien DENIS
Période de fouille : 
2006
Localité : 
Limoges (Haute-Vienne)
Type d'opération : 
Période : 
,

Résumé

En résumé EN 2004 des sondages archéologiques réalisés à l’emplacement de l’ancienne église Saint Jean, sur l’actuelle place Saint Etienne, avaient permis de confirmer l’existence d’un baptistère en identifiant un édifice antérieur organisé autour d’un bassin circulaire.

La fouille archéologique programmée a été réalisée durant l’été 2005. La stratigraphie et les vestiges du baptistère (murs et sols) sont apparus extrêmement fragmentés, essentiellement en raison des occupations postérieures et de la très grande densité du réseau de canalisations urbaines. Pour autant, les données recueillies permettent de retracer les caractères principaux et les évolutions de cet édifice.

L’environnement du baptistère A partir du IVe siècle, l’agglomération de Limoges paraît se replier sur une hauteur située à l’est de la ville antique, le Puy Saint Etienne (Loustaud, 2000, p. 368 370). Bien que de nombreux indices (et probablement même des découvertes anciennes) laissent supposer l’existence d’une enceinte, celle-ci n’a, à ce jour, toujours pas été matériellement attestée. de la même manière, les caractères de l’occupation du nouveau site à cette époque restent largement méconnus.

C’est au centre de cette cité que s’établissent par la suite le siège épiscopal (attesté en 475) et l’ecclésia primitive (citée par Grégoire de Tours). Cette ecclesia parait devoir être située sous l’emprise de la cathédrale actuelle (le plan de la cathédrale romane est connu et plusieurs chroniques médiévales signalent sa reconstruction à la place de l’église antérieure). Le baptistère s’inscrit également au cœur de cet espace, sur le flanc nord de la cathédrale, mais il n’y constitue pas la première occupation : le mur d’un bâtiment arasé et quelques niveaux du IVe siècle y ont existé antérieurement.

Un édifice de plan atypique Dans son premier état, le baptistère de Limoges se présentait sous la forme d’une vaste salle hexagonale (les côtés ont 5,60 m de large, soit l’équivalent d’un diamètre compris entre 10 et 11 m) organisée autour de la piscine baptismale (fig.a et b). Cette salle était prolongée par six pièces quadrangulaires (des absides ?) rayonnant sur chacune des faces de l’hexagone (fig. c).

Les pièces rayonnantes avaient toutes des dimensions intérieures de 4,60 m de large sur 3,60 m de profondeur, à l’exception des absides ouest-test qui conservaient des profondeurs respectives de 4 m et 4,20 m. Elles donnaient sur la pièce centrale par des ouvertures larges de 4 m probablement surmontées d’un arc. Le seul accès identifié du baptistère est une porte (murée par la suite) aménagée dans le mur ouest de l’abside ouest et large de 1,60 m (fig. d). Enfin, de part et d’autre de cette entrée étaient également aménagées deux petites pièces trapézoïdales annexes, munie d’une porte dans leur mur occidental mais ne communiquant pas avec l’intérieur du baptistère. La pièce la plus septentrionale était dallée de calcaire et abritait apparemment la canalisation d’eau alimentant la piscine baptismale. Au total, l’édifice avait une emprise au sol de 290 m2, ce qui le range parmi les plus grands baptistères des Gaules.

Les murs conservés du baptistère sont généralement peu épais (de 67 à 70 cm de large), et faiblement fondés (70 cm en moyenne). ils sont appareillés en moellons très variés de gneiss ou de granite (des moellons équarris, ébauchés ou de tout venant), probablement issus d’une récupération de matériaux. Le mortier est très dosé en chaux. Enfin, les chaînes d’angles sont composées de blocs de grand appareil de granite en remploi. Quant au sol de la pièce centrale, il était à l’origine composé d’un dallage calcaire reposant sur un mortier de tuileau. un revêtement identique peut être supposé pour les absides.

Le baptistère ayant été méthodiquement démonté au début du XIIIe siècle, il ne reste plus aucun élément de décor en place. Cependant, la fouille des niveaux de démolition permet d’établir certains faits. Tout d’abord, aucune mosaïque ne paraît avoir orné l’édifice (seules huit tesselles ont été retrouvées en fouille, et aucune dans les niveaux directement associés au baptistère ou à sa démolition). Par contre, l’emploi de roches décoratives (marbres) pour les revêtements muraux ne fait non seulement aucun doute, mais de plus les marbres griotte utilisés pourraient avoir fait l’objet d’une commande particulière et non pas être issus de la récupération de matériaux comme cela est le cas pour le gros œuvre. Enfin, la présence d’éléments sculptés en calcaire est assurée, malgré la récupération systématique effectuée lors de la démolition.

Ce premier état du baptistère est daté d’avant 440 après J.C., mais il y a en fait très peu de chances qu’il soit antérieur à la fin du IVe siècle. On proposera donc de le dater du premier tiers du Ve siècle.

La piscine baptismale Installée au centre de l’édifice, la piscine baptismale reposait sur une épaisse semelle de béton de tuileau surmontant elle-même un puisard maçonné. Elle a connu au moins deux états successifs. Dans le premier état, le bassin, de forme circulaire, était large de 1,45 m avec une profondeur supérieure à 0,35 m (le haut de la structure n’existe plus) ; le fond, établi à la même altitude que le niveau de circulation de la pièce, était formé de dalles calcaires de belle facture et les parois (bien qu’en grande partie masquées par le deuxième état) semblent avoir été recouvertes d’éléments calcaires posés de chant. L’alimentation en eau se faisait par une canalisation (vraisemblablement en plomb) arrivant de l’ouest et passant sous le dallage du bassin. pour l’évacuation, une conduite verticale en plomb donnait sur le puisard. Le deuxième état est caractérisé par un rétrécissement du bassin : une paroi de briques est bâtie à l’intérieur de la piscine, réduisant son diamètre à seulement 1,10 m, tandis que le fond du bassin et sa paroi sont recouverts d’un enduit de mortier de tuileau rose. Dans cet état, le bassin ne dispose plus que de la conduite d’évacuation, l’alimentation ayant été supprimée (parallèlement, la conduite est détruite et récupérée dans la petite salle annexe). La morphologie et les dimensions successives de la piscine baptismale n’ont ici rien d’extraordinaire et s’intègrent assez bien dans les moyennes généralement constatées en Gaule, entre 1,30 et 1,60 m. Seule la morphologie du bassin (circulaire), est un fait assez peu répandue.

Les transformations du baptistère Dès le VIe siècle, l’édifice est profondément transformé : à l’est, l’abside est abattue, puis reconstruite, augmentée d’une abside semi circulaire. Les murs, toujours liés au mortier de chaux, sont cette fois établis en tranchée aveugle et fondés sur le substrat rocheux. Un autel maçonné est également construit tandis que les sols des absides ouest-test dont refaits : le béton de tuileau employé ici est très chargé en brique, compact, et repose sur un radier massif. par ailleurs, c’est probablement lors de la même phase de travaux que l’on procède au murage de la porte ouest. Enfin, la petite salle annexe semble être détruite à la même époque.

Julien DENIS