Fiche

Responsable : 
Mélanie CHAILLOU, Jean-Pascal FROURDRIN (CNRS)
Localité : 
Bayonne (Pyrénées-Atlantiques)
Période : 
, ,

Résumé

La « tour du Bourreau » appartient au front sud de l’enceinte antique de Bayonne (fig. 1)* et doit son nom à sa fonction de logement de l’exécuteur des hautes œuvres sous l’Ancien Régime. Transformée en hôtel, elle fut acquise par la municipalité après la cessation d’activité des lieux. En 2004, à l’initiative de la ville, une première visite de la tour et des piquages ponctuels ont été confiés à un chercheur du CNRS. Cette prospection a révélé l’abondance des vestiges antiques encore en place – conservés sur trois niveaux – ainsi que l’importance des remaniements médiévaux qui ont modifié tout le flanc oriental de la tour et son mur arrière.

Cette première analyse permettant d’établir une problématique entrant dans le cadre des recherches en cours sur l’enceinte antique de Bayonne, le service régional de l’Archéologie a prescrit une opération préventive d’étude du bâti, avant que les locaux nouvellement acquis par une société privée ne soient trop modifiés par les travaux de réhabilitation. L’objectif de cette étude était autant de connaître les dispositions antiques de cette partie de l’enceinte, ce dont s’est chargé un spécialiste du CNRS, que de définir les différentes étapes de construction postérieures au Bas-Empire, tâche confiée à la société Hadès.

Limitée à deux semaines dans le courant de l’été 2007, cette étude a profité de la mise à nu des parements intérieurs avant leur restauration. Grâce à des piquages complémentaires, à l’intérieur et à l’extérieur de la tour (par le biais d’une nacelle élévatrice), de nombreux éléments des différentes périodes ont pu être mis au jour.

Outre la réouverture de nombreux trous de boulins révélant les dispositions de l’échafaudage mis en œuvre pour la construction de la tour, les nouvelles observations ont confirmé les hypothèses déjà élaborées en 2004. Ainsi, le système de maintien du plancher, comparable à celui étudié à la tour voisine « des Deux-Sœurs », a été identifié sans ambiguïté entre le rez-de-chaussée et le premier étage. En effet, le débouchage d’un trou de poutre double et de plusieurs trous de solives ménagés dans le retrait du parement intérieur, associé à la mise au jour de l’empreinte d’une planche au-dessus de laquelle un résidu de mortier était lissé en surface, permettent de restituer son organisation d’origine. Maintenu par deux poutres transversales superposées, sur lesquelles reposaient des solives parallèles disposées perpendiculairement aux premières, ce plancher était composé de lattes recouvertes d’une chape de mortier épaisse de 5 à 6 cm. Entre le premier et le deuxième étage, les reconstructions médiévales ont effacé de nombreux indices, mais le débouchage d’un trou de poutre double dans le parement ouest laisse supposer l’existence d’un plancher similaire à celui de l’étage inférieur.

La construction antique de la tour se caractérise par un petit appareil presque cubique, scandé à l’extérieur par un cordon de deux assises de pierres plates, dont certains soulignent les retraits du parement et les impostes des baies. La tour ayant été reconstruite sur toute sa partie orientale, seule la localisation des baies ouest et axiales est connue, mais il faut sans doute restituer le symétrique des premières du côté est. Disposées les unes au-dessus des autres, les fenêtres ne sont conservées qu’à l’état de vestige, au premier et au deuxième étage (fig. 2). Elles étaient couvertes d’un arc plein-cintre ; le mur du premier étage étant assez épais, il était aminci sous l’appui, alors qu’à l’étage supérieur, l’allège faisait toute l’épaisseur du mur.

Les parements extérieurs des courtines, mis en œuvre dans le même appareil que la tour, ont en partie été mis au jour par des piquages localisés. Mais le désépaississement de ces murs a fait disparaître leur parement intérieur et le niveau de circulation des coursières. On peut cependant les imaginer grâce aux vestiges des portes qui y donnaient accès au premier étage. Ces portes ne sont conservées que sur une partie de leurs piédroits, le reste des ouvertures ayant été reconstruit aux époques médiévale et moderne. À l’ouest, les résidus de ce qui semble être un claveau indiquerait que la porte était à l’origine couverte d’un arc en plein-cintre, avant que les modifications du Moyen-Âge ne changent son couvrement en linteau. Une seconde baie était ouverte au-dessus de cette porte. Seul son piédroit sud est conservé et seulement partiellement. Il n’a donc pas été possible de déterminer s’il s’agit d’une porte ou d’une fenêtre. Sa position au-dessus de la porte reliant la tour à la courtine demeure problématique.

Il ne semble pas que la tour ait fait l’objet de remaniements quelconques entre l’Antiquité tardive et le XIIIe ou le début du XIVe siècle. À cette époque, tout le flanc ouest et le mur arrière ont été reconstruits, peut-être après l’effondrement partiel de la tour, comme semblent l’indiquer des fissures traversant les murs du rez-de-chaussée et du premier étage. La construction est alors surélevée d’un étage supplémentaire et ses ouvertures sont modifiées, mais aucune fenêtre de l’époque n’est conservée et aucun élément de décor ne subsiste, ce qui rend les datations délicates. Du côté nord, le mur arrière de la tour, reconstruit sur le blocage arraché du mur antique, est alors percé d’un grand arc brisé ouvert sur tout le premier étage et une partie du rez-de-chaussée (fig. 3). La fonction de cette voussure demeure incertaine car elle ne semble correspondre avec aucun des niveaux de circulation identifiés, même pas ceux des portes réaménagées au moment de son ouverture. Au deuxième étage, une porte d’accès à la tour a été construite en même temps que l’arc, indiquant que la circulation entre la tour et les bâtiments voisins – ou l’extérieur – se faisait par le mur nord (fig. 4). En revanche, l’accès au dernier étage devait se faire depuis l’intérieur, par une trappe desservie par une échelle de meunier. Ce dernier niveau a été ouvert après-coup, sans doute à la fin du Moyen Âge, d’une série d’ouvertures ébrasées, disposées irrégulièrement sur la partie tournante et le mur arrière de la tour. Il est possible que ces baies correspondent à l’aménagement d’un crénelage, mais les indices sont trop disparates pour en être certain (fig. 5). D’ailleurs, hormis ces baies, aucun aménagement à vocation défensive n’a pu être mis en évidence dans la tour. Ceci est d’autant plus étonnant que l’enceinte romaine n’a été doublée sur son front sud qu’au XVIe siècle (fig. 1) : la tour a dû inévitablement être adaptée aux évolutions de l’artillerie du Moyen Âge et du début de l’époque moderne. Pourtant, il n’en reste aucune trace.

Après l’époque médiévale, les remaniements subis par la tour sont ponctuels, mais ils ont mutilé une bonne partie des vestiges, surtout ceux de l’époque antique. C’est particulièrement le cas de l’ouverture des nouvelles fenêtres axiales et la construction d’une cheminée dans le mur ouest. Cependant, hormis cette dernière, les aménagements liés au confort du logis du bourreau sont discrets pour ne pas dire absents.

En définitive, les observations sur l’évolution de l’utilisation de la tour du Bas-Empire ne sont pas déterminantes, exceptée la mise au jour d’un éventuel crénelage du Moyen Âge tardif au dernier étage. En revanche, la « tour du Bourreau » conserve des éléments antiques bien identifiables sur trois niveaux, ce qui permet de la restituer de manière assez satisfaisante, d’autant plus que les indices révélant l’existence de baies ou de plancher au deuxième étage sont rares à Bayonne.

Mélanie CHAILLOU, Jean-Pascal FROURDRIN (CNRS)

* DAO de M. CHAILLOU, d’après :
PONTET (J.). — Histoire de Bayonne. Toulouse : Privat, 1991, HOURMAT (P.). — Atlas historique de la France, Bayonne. Paris : CNRS, 1982.
FAUCHERRE (N.), DANGLES (P.). — Les fortifications du Bourgneuf à Bayonne. État de la question, nouvelles hypothèses. Revue d’histoire de Bayonne, du Pays Basque et du Bas Adour, no 146, 1990.