Fiche

Responsable : 
Mélanie CHAILLOU
Période de fouille : 
2009, 2011
Localité : 
Blagnac (Haute-Garonne)
Type d'opération : 
Période : 
, ,

Résumé

2009

Le développement économique et industriel récent de Blagnac fait quelque peu oublier le passé de cette ville qui conserve encore dans son centre ancien plusieurs maisons en pan de bois et surtout une église aux caractères bien atypiques (fig. 1)*. Particulièrement connue pour son clocher de type « toulousain » (fig. 2), bien que citée dans plusieurs ouvrages et ayant fait l’objet de deux fouilles de sauvetage – entre et autour de ses murs – cette église n’avait jamais bénéficié d’une analyse archéologique du bâti de grande ampleur, malgré les sollicitations d’érudits et de spécialistes.

En effet, dès 1989, l’enlèvement des enduits intérieurs de l’édifice avait révélé la présence de plusieurs ouvertures et lignes de reprise qui témoignaient de la pertinence d’une telle étude. Ce n’est cependant qu’à partir de 2006 et du projet de mise en valeur du bâtiment, que la nécessité d’une analyse archéologique du bâti a été soutenue par l’architecte du Patrimoine en charge du projet. Cette étude s’est déroulée en 2008, en amont du chantier de restauration, puis en accompagnement de celui-ci.

Elle a confirmé plusieurs hypothèses avancées depuis longtemps, telle l’existence d’un édifice primitif construit en briques et galets, autrefois ouvert sur ses gouttereaux de fenêtres en plein-cintre élancées et très ébrasées vers l’intérieur (fig. 3). Cette première église semble avoir fait l’objet d’une reconstruction partielle en briques et moellons, peut-être même avant la construction de son abside polygonale, largement éclairée par des baies qui ont été fortement remaniées depuis (fig. 4). Malheureusement, à défaut d’éléments de décors et de charbons pris dans les maçonneries, ce premier édifice est impossible à dater, mais la chronologie relative tendrait à le placer avant le XIIIe siècle ou, au mieux, au début de celui-ci.

La première mention assurée de l’église Saint-Pierre date de 1098, où elle est citée dans une donation de Guillaume IX au chapitre de Saint Sernin ; mais rien ne permet de vérifier que les élévations présentes appartiennent à la fin du XIe siècle. D’ailleurs, un charbon pris dans un joint d’une fenêtre reprise dans le pignon ouest daterait ce remaniement de la première moitié du XIIIe siècle, ce qui pourrait constituer – en restant prudent – un terminus ante quem pour la datation de la première église.

Très rapidement, deux annexes, également construites en briques et galets, sont ajoutées de part et d’autre de l’abside, sans doute l’une après l’autre (fig. 1). Elles servent actuellement de chapelle et de sacristie, mais la position et la multiplicité des baies primitives de la chapelle Saint-Jacques (au sud), et l’existence de deux grands portails, ajoutés postérieurement puis obturés dans les murs est et ouest de la sacristie (au nord), incitent à penser que ces deux parties de l’édifice avaient une fonction tout autre au moment de leur construction.

Les accès à cette première église sont difficiles à déterminer. Il ne semble pas qu’elle était ouverte à l’ouest, mais plutôt au nord, d’abord au milieu du gouttereau, puis dans la partie orientale de celui-ci. La construction d’arcs diaphragme divisant l’église en deux travées a dû intervenir au XIIIe ou au XIVe siècle (fig. 5). Ceux-ci, construits en deux temps, chemisent peut-être des supports antérieurs. Ils n’ont pas été mis en place pour soutenir les voûtes, qui sont plus tardives (probablement bâties à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle), mais ils devaient recevoir un plafond qui dissimulait la charpente de l’église. En effet, des traces d’enduit de faux appareil sont conservées dans les combles, indiquant que ceux-ci sont antérieurs aux voûtes.

L’arc oriental a été surmonté par un mur-pignon qui conserve les vestiges du solin d’une toiture à double pente ; puis ce dernier a été surélevé par un clocher-mur, presque entièrement arasé aujourd’hui. Celui-ci est antérieur à la reconstruction du gouttereau sud et précède donc la mise en place des voûtes, mais il a continué à être utilisé après leur réalisation. Le clocher-porche à cinq étages, ouvert de trois grands portails au rez-de-chaussée, a été ajouté par la suite, sans doute au début du XVIe siècle, peu de temps avant la construction de la chapelle de la Magdeleine et Saint-Blaise, logée entre les deux contreforts nord-ouest de l’église. C’est peut-être la construction de ce nouveau clocher qui a commandé le déplacement de l’entrée de l’église à l’ouest. La construction de la tribune d’orgue, disposée en U, avec des ailes latérales longeant les gouttereaux de la travée occidentale, doit lui être contemporaine.

Les derniers grands aménagements de l’édifice sont intervenus au XIXe siècle, avec la construction d’un local au nord du clocher-porche, l’extension septentrionale de l’abside et surtout la construction de deux chapelles semi-circulaires flanquées contre les gouttereaux. Enfin, pendant la deuxième guerre mondiale, un avion allemand s’est abîmé contre l’angle sud-ouest de l’église, ce qui a engagé sa reconstruction et celle de la tribune de l’orgue, entre 1944 et 1948.

Quantité d’autres aménagements, parfois difficiles à dater et à interpréter, viennent compliquer l’architecture de cet édifice, lui conférant un plan plutôt inédit (fig. 1). Ainsi, même si beaucoup de questions restent en suspens, il se dégage de cette analyse que l’église de Blagnac est un édifice bien singulier dont les comparaisons manquent pour le situer plus justement dans les contextes architecturaux des différentes époques auxquelles il appartient. Si le dépouillement documentaire n’a pas permis d’élucider ces interrogations, il a souligné la place de cet édifice dans le jeu politico-religieux du tournant du XIe siècle. Cependant nous ignorons si l’église qui nous est parvenue conserve des éléments aussi anciens. Cette étude est donc une invitation à des investigations plus exhaustives en archives et dans les parties de l’édifice non concernées pas les derniers travaux.

Mélanie CHAILLOU

*DAO de M. CHAILLOU, d’après le plan de M. PÉRON (architecte du Patrimoine) et le relevé lasergrammétrique du cabinet J. SOMPAYRAC (géomètre DPLG).

2011

Lors de la première étude de 2008-2009, il n’avait pas été possible d’étudier la sacristie, toujours enduite et meublée. La restauration de cette dernière, engagée en 2011, a permis l’analyse de cette partie de l’église non encore explorée. Ce complément d’étude a été réalisé en cinq jours, du 3 au 7 octobre 2011.

Flanquée au nord de l’abside, à un endroit très remanié de l’édifice, la sacristie comporte neuf des quatorze phases de construction identifiées dans l’église (fig. 6). Même s’il n’a pas été possible d’identifier la fonction première de cet espace (certainement pas une chapelle), ni le moment exact à partir duquel il sert de sacristie, les étapes de sa construction sont désormais reconnues, à un ou deux détails près.

 

La première campagne identifiée, scindée en trois étapes, correspond à la construction de la nef primitive, de son abside, puis à leur réparation. Les maçonneries sont caractérisées par l’emploi d’un appareil mixte de briques et de galets ou de briques, de galets et de moellons. Dépourvue d’éléments de décor, cette phase ne peut être située précisément dans le temps, mais elle pourrait être antérieure à la première moitié du XIIIe siècle car une reprise pratiquée dans le pignon ouest de l’église a été datée au 14C entre 1220 et 1257 (cf. étude de 2009). La construction du bâtiment occupé par la sacristie, toujours en briques et galets, intervient dans un second temps, vraisemblablement en même temps que celle de la chapelle Saint-Jacques, à l’autre extrémité du chevet. Ouvert d’une fenêtre haute, il était peut-être doté d’un étage (fig. 7). Son érection pourrait succéder au percement de deux portes médiévales, ouvertes dans la nef et dans l’abside et qui fermaient depuis celles-ci. Cependant, la datation de ces deux passages reste incertaine.

Dans une troisième étape, au moins la nef et l’abside, mais peut-être aussi cette première annexe nord-est, subissent un incendie, avant même l’ouverture de deux grands portails à l’est et à l’ouest, couverts d’un double rouleau de briques (fig. 8). Le style de ces baies pourrait être attribué aux XIIe – XIIIe siècles, mais les éléments manquent pour l’assurer, d’autant plus que ce type d’ouverture perdure dans la région, quelle que soit la période considérée. De même, l’espace largement ouvert desservi par ces portails demeure difficile à interpréter, mais il ne s’agissait ni d’un porche d’entrée, ni des soubassements d’un clocher. L’épaisseur importante des maçonneries, limitée au rez-de-chaussée, servait de support à une voûte ou à un plancher : le bâtiment était assurément séparé en deux niveaux. L’étage supérieur communiquait même avec l’abside par un petit jour, percé plus tardivement, vraisemblablement lors de la mise en place des arcs diaphragme de la nef.

Le voûtement de l’église intervient encore plus tardivement, sans doute à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle. Mais il ne semble pas que l’espace actuellement occupé par la sacristie ait bénéficié de cette campagne d’embellissements. Ses profonds remaniements semblent appartenir à une époque moderne légèrement plus avancée. Les murs sont alors désépaissis, en même temps qu’on voûte (à nouveau ?) la pièce sur une croisée d’ogives et qu’on l’éclaire d’une fenêtre au nord-est (fig. 9). Un de nos prédécesseurs attribue ces travaux à un bail à construire daté de 1547, mais le contenu de ce document est trop évasif pour être affirmatif. Le bâtiment n’est alors pas aussi étendu vers le nord qu’aujourd’hui. En effet, sa travée septentrionale a été ajoutée au milieu du XIXe siècle, en ouvrant un arc de décharge construit après la construction de la voûte de la travée méridionale (fig. 10).

En définitive, l’étude de la sacristie n’a pas remis en cause la chronologie précédemment établie pour l’édifice. Elle a même permis de préciser l’emplacement de certaines phases de construction mal datées. Cependant, plusieurs incertitudes demeurent, tant en terme d’interprétation que de chronologie – relative et surtout  absolue. L’analyse du bâti ne pouvait aller au-delà de ce qui a été réalisé, mais des compléments d’étude seront toujours souhaitables dans l’hypothèse d’un nettoyage des enduits de la chaufferie, à l’ouest de la sacristie, ou dans l’éventualité de travaux dans le sous-sol, qui mériteraient un suivi archéologique concerté, même si des fouilles de sauvetage ont déjà été réalisées en 2000.

Mélanie CHAILLOU