Fiche

Responsable : 
Fabien BLANC
Période de fouille : 
2010
Localité : 
Grasse (Alpes-Maritimes)
Type d'opération : 
Période : 
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Résumé

La présente intervention avait pour objectif de relever et d’observer les quelques éléments visibles dans un magasin en cours de restructuration de la rue Jean Ossola, sis entre les n°3 et n°5, à cheval sur les parcelles BH 22 & 23 (fig. 1). Ces parcelles sont en effet traditionnellement comprises comme étant partie intégrante de l’ancien couvent des Frères Prêcheurs de Grasse. Installés dans le courant de la seconde moitié du XIIIe siècle, les Dominicains sont restés sur place jusqu’à la Révolution. Si l’histoire de cet ordre mendiant est bien connue, la localisation des bâtiments successifs durant le Moyen Age et l’époque Moderne l’est bien moins. L’intervention visait ainsi à vérifier la présence ou non d’éléments architecturaux et stratigraphiques susceptibles d’apporter de nouvelles données relatives aux bâtiments conventuels des Frères Prêcheurs de Grasse.

Les travaux récents ou anciens sur cette question sont à la fois nombreux et lacunaires. Nombreux, car la question des ordres mendiants est essentielle en milieu urbain dans la mesure où ces derniers jouent un rôle actif dans la structuration des franges urbaines. Aucune synthèse historique d’ensemble n’a été réalisée à ce jour sur cette question. Tout au plus peut-on glaner ci et là dans des ouvrages généraux sur l’histoire de Grasse quelques dates liées à des évènements marquant de la ville. Quant à des travaux archéologiques, seul un diagnostic a été réalisé en 2005 sur plusieurs parcelles (BH 15, 16, 17, 25, 29, 353, 354). Dans la réalité, ce diagnostic s’est principalement attaché à des éléments de fortification, les parcelles les plus intéressantes pour l’étude des Dominicains sortaient du cadre de l’étude ou bien n’ont pas vraiment fait l’objet d’investigations plus importantes. Néanmoins, ce travail a permis de dresser un bilan documentaire particulièrement riche, renouvelant ainsi des travaux sur la question qui n’avaient plus cours depuis de nombreuses années à Grasse.

À notre arrivée, un certain nombre de travaux avait été réalisé, notamment la pose d’enduits sur la plupart des murs visibles. Toutefois, une pièce en situation de cave, un canal et quelques éléments maçonnés ci et là étaient encore accessibles à l’étude et on ainsi fait l’objet de relevés. L’ensemble du plan a été relevé au tachéomètre laser, de même que la façade sur la rue Jean Ossola. Les plafonds accessibles ont fait l’objet d’un relevé des poutraisons et ces dernières ont été carottées en vue d’une identification future des essences employées et d’une analyse dendrochronologique.

L’ensemble est composé de plusieurs espaces qui forment autant de pièces qui communiquent toutes entre elles. Si l’orientation des bâtiments est sensiblement identique d’une pièce à une autre, l’absence d’unité générale règne. Une impression d’imbrication des espaces entre eux laisse penser que l’on se trouve en présence d’un ensemble hétérogène ayant subi de nombreuses modifications à la fois fonctionnelles et structurelles récentes (que l’on peut sans en partie rapprocher de l’installation d’un parfumeur dans le courant du XIXe siècle).

Les éléments collectés lors de cette prospection ne permettent pas sérieusement de proposer un schéma cohérent d’évolution du couvent des Dominicains. Ils montrent une nouvelle fois combien cet îlot est complexe et a été considérablement remanié au cours des deux derniers siècles. Les importants décalages entre les murs des sous-sols, rez-de-chaussée et le parcellaire en témoignent plus particulièrement.

Ces nombreuses modifications rendent la lecture difficile et l’analyse incertaine. Les relations stratigraphiques observées ou déduites ne permettent que rarement de resituer des espaces fonctionnels interprétés correctement de sorte que toute tentative d’évolution des structures s’évapore au contact de la réalité. Ces éléments plaident une nouvelle fois pour une attention toute particulière à l’ensemble des modifications qui pourraient intervenir sur les maçonneries à l’avenir. Il en va de même pour les enduits qui témoignent nécessairement de la présence durant plusieurs siècles des Frères Prêcheurs au sein des ces parcelles. Les traces déjà observées au n°3 de la rue Jean Ossola confortent ce pressentiment.

L’opération aura néanmoins permis de mettre en évidence plusieurs éléments architecturaux remarquables qui renouvellent le questionnement lié à l’environnement direct de l’église. D’une part, l’espace correspondant à la pièce 4 n’est autre qu’une partie de la nef de l’église des Dominicains (contemporaine ou postérieure à la fin du XIVe siècle d’après la confrontation avec les sources écrites). Le gouttereau occidental en témoigne encore ponctuellement par la présence d’un arc monumental au deuxième étage de l’immeuble. Dès lors, l’ensemble à l’ouest forme une partie de l’ancien couvent. Dans la pièce 1, un arc monumental en pierre de taille présentait encore les restes d’une rosace stuquée renforçant le caractère religieux de cette zone. Il en va de même pour le plafond partitionné de la pièce 2 qui montre les vestiges d’une voûte dont la clef est un médaillon actuellement masqué (fig. 2). Enfin, la présence d’un pied de façade dans le canal (fig. 3) largement en-dessous du niveau actuel de la rue rappelle ce que l’on observe un peu partout dans Grasse depuis quelques années, à savoir un réseau viaire à la fois plus large et bas qu’à l’actuel.

Fabien BLANC