Fiche

Responsable : 
Sylvie CAMPECH, Pierrick STÉPHANT
Période de fouille : 
1997-2003
Localité : 
Mouret (Aveyron)
Type d'opération : 
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Période : 
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Résumé

Opération programmée

Au XIe siècle, les Mouret, famille aristocratique régionale, s’installent sur une roque située dans la vallée du Dourdou, entre Rodez et Conques. Le castrum – ensemble des bâtiments fortifiés – de Mouret est cité pour la première fois en 1081-1087 et les premières constructions se sont sans doute échelonnées durant les XIIe et XIIIe siècles.
Au milieu du XVe siècle, six seigneurs principaux possèdent une propriété dans ce castrum : le château majeur, le Castelvieil des Mouret, le château des Entraygues (la Servayrie), le château des Reilhac, la maison des seigneurs de Pruines et l’église du prieur de Mouret.
À la fin du XVIIIe siècle, la désaffection des lieux par famille Reilhac–Laroque, dernière de ces grands co-seigneurs, marque probablement l’abandon des châteaux.
Aujourd’hui Mouret est le chef lieu déserté d’une commune rurale.

Des sondages archéologiques furent réalisés en janvier 1997 sur la plate-forme du « Castelvieil » dans le cadre d’une étude pour la mise en valeur et l’aménagement d’un accès au château de la « Servayrie » en cours de restauration. À la suite de cette opération et au vu du potentiel archéologique, les services régionaux de l’archéologie et des monuments historiques, sous l’impulsion de l’Association pour la sauvegarde du patrimoine de Mouret, ont lancé une étude historique, archéologique et d’histoire de l’art sur l’ensemble du castrum.

Les recherches archéologiques se sont déroulées de 1998 à 2005. Les opérations ont combiné 4 campagnes de fouilles programmées et du suivi de travaux sur certains des édifices lors du ravalement de façades, de réhabilitations ou d’aménagements. Un long travail de dépouillement d’archives a été conduit en parallèle pour croiser les sources historiques avec les observations sur le terrain.

Le Castelvieil

Les ruines du Castelvieil occupent un tertre rocheux naturel qui domine le bourg castral de plus de 14 mètres. En 1997 plus rien ne subsistait du château.
Les sondages archéologiques ont révélé les vestiges de son enceinte fermant une basse-cour de 1350 m². À l’intérieur se trouve la tour dont il ne reste que les premières assises du rez-de-chaussée. Le Castelviel fut l’objet de rénovations au XVIIe siècle, guère perceptibles sur le terrain ; un texte 1692 décrit un ensemble de constructions regroupées dans une seule parcelle et les enceintes ne sont plus mentionnées.

L’église du prieur

L’église de Mouret appartenait à l’évêque de Rodez qui donne, dans les années 1080-1087, ses revenus (bénéfices) à la jeune abbaye de Montsalvy (Cantal). Dès lors, l’église est dirigée par un prieur, placé au deuxième rang des coseigneurs de Mouret d’après l’importance de ses biens fonciers.
Au début XXe siècle, l’église romane Saint-Nicodème de Mouret est en ruines et sert de carrière de pierre au village. En 1970, ces vestiges, jugés trop dangereux, sont rasés. Aujourd’hui, les études sur cet édifice disparu ne peuvent s’effectuer que d’après les sources iconographiques (plan cadastral de 1812, photographies) et les témoignages écrits aux XIXe et XXe siècles. Cette documentation permet, par exemple, de saisir les grandes lignes du programme ornemental roman des XIe- XIIe siècles.
L’existence d’une tour-clocher (tour d’escalier ou clocher-mur) suggère, à l’image des tours seigneuriales, la domination partagée du prieur de Mouret sur le bourg.

La Servayrie

Plus d’un siècle et demi après l’installation des Mouret sur le site, est construite la tour de la Servayrie qui, par ses caractères architecturaux, paraît dater des environs de 1200.

Ce château est implanté à une dizaine de mètres, en contrebas, du Castelvieil. Il se compose d’une haute tour médiévale et d’un corps de logis accolé sur son flanc nord. L’étude du bâti a permis de définir les grandes phases de construction : les premiers niveaux (1, 2 et une partie du 3) sont attribuables au début du XIIIe siècle ; les niveaux suivants (4, 5 et 6) sont construits au XIVe siècle lors d’une campagne de travaux qui touche également le logis nord. Les remaniements de la fin du Moyen Âge et d’époque moderne ne concernent que le logis nord : au XVe siècle, la surface habitable est agrandie en rehaussant l’ensemble du bâtiment d’un niveau ; vers 1580, le logis de la Servayrie connaît une dernière grande campagne d’agrandissement et de modernisation.

Le château Mage

Il reste peu d’espoir de retrouver des vestiges du château majeur : la parcelle a fait l’objet d’un terrassement important de plusieurs mètres d’épaisseur qui a entamé la surface rocheuse du tertre. Aux dires des villageois, les pierres des ruines auraient servi à édifier le mur de terrasse en contrebas de la parcelle (côté route). Aujourd’hui, le château des seigneurs majeurs n’est connu que par quelques documents anciens des XIIIe, XVe et XVIIe siècles – en 1669, l’ensemble castral se présentait comme une petite fortification indépendante et enclose d’environ 676 m² – et par les témoignages de nos contemporains qui ont vu les ruines.

Le château de Reilhac

Les Reilhac apparaissent à Mouret à la fin du XIIIe siècle.

Le château s’élève à l’extrémité méridionale du village, devant l’église paroissiale. Il n’en subsiste plus que la tour de 8 m de côté, qui comprenait au moins 5 niveaux à l’origine. Elle est édifiée sur un replat naturel situé à l’aplomb d’une rupture rocheuse de 4 m de hauteur. L’analyse archéologique montre que l’édifice peut être qualifié de tour résidentielle, autorisant la résidence, permanente ou temporaire sur une longue durée, et qu’elle a dû fonctionner seule, du moins dans un premier temps. La situation et la typologie des portes d’accès, en particulier, interdisent de supposer un logis contemporain, du côté occidental.
Les comptes de l’abbé de Conques placent la fin des travaux de construction de cette tour vers 1381. Elle fut agrandie côté sud-ouest, peut-être au début du XVe siècle, d’un corps de logis massif flanqué d’au moins une tour d’angle ronde. Les vestiges archéologiques dessinent, au sol, un corps de logis quadrangulaire d’environ 86 m² de surface appuyé à la tour-donjon, flanqué au sud-est d’une tour d’angle ronde de 7 m².

Le castrum

L’analyse archéologique et l’analyse des textes permettent d’évoquer le castrum dans ses trois dimensions. Ce castrum n’est pas une agglomération de châteaux, isolés les uns des autres, mais un ensemble pour lequel les sources écrites n’emploient pas le pluriel mais le singulier : un castrum. Bien que dépourvu d’une enceinte commune, les quatre châteaux, aussi proches les uns des autres, présentent une image compacte qui suggère l’existence d’un centre, d’un lieu de pouvoir fort, qui se lit aisément dans le paysage.

Mouret
Château de Mouret ; Sylvie CAMPECH ; janvier 1997.

Castrum de Mouret (Vol. I, Texte ; Vol. II, Figures ; Vol. III, Annexes) ; Sylvie CAMPECH, Nelly POUSTHOMIS-DALLE, Bernard POUSTHOMIS avec la collaboration de Pierrick STÉPHANT ; septembre 1998.

Castrum de Mouret (Vol. I, Texte ; Vol. II, Figures, Vol. III, Annexes) ; Sylvie CAMPECH, Fl. ESCANDE, G. FERRAND, G. PRADALIÉ, Fl. HAUTEFEUILLE, Nelly POUSTHOMIS-DALLE, Bernard POUSTHOMIS, Pierrick STÉPHANT ; 1999-2001.

Castrum de Mouret (Vol. I, Texte ; Vol. II, Figures) ; Sylvie CAMPECH, Nelly POUSTHOMIS-DALLE, Pierrick STÉPHANT, BERNARD POUSTHOMIS et la collaboration des étudiants de l’Université de Toulouse-le-Mirail ; septembre 1999.

Castrum de Mouret (Vol. I, Texte ; Vol. II, Figures) ; Sylvie CAMPECH , Nelly POUSTHOMIS-DALLE, Pierrick STÉPHANT, Bernard POUSTHOMIS et la collaboration des étudiants de l’Université de Toulouse-le-Mirail ; août 2000.

Castrum de Mouret, la Tour de la Servayrie ; Pierrick STÉPHANT ; janvier 2000.

Castrum de Mouret ; Sylvie CAMPECH, G. FERRAND, G. PRADALIE, Nelly
POUSTHOMIS-DALLE avec la participation de Christophe CALMÉS ; 2003.

 

Opération préventive (2000) : La Servayrie

Le principal apport de cette opération préventive concerne les bâtiments accolés à la tour déjà abordés par un sondage en 1997, au pied de la face sud, et lors de l’étude programmée en 1998 et 1999. La confrontation des résultats des fouilles et des photographies anciennes a permis de caractériser plusieurs bâtiments, destinés semble-t-il à l’habitation et à l’activité agricole, ils sont appuyés sur les faces sud test de la tour. Leur chronologie n’a pu être établie avec précision. Seule la présence d’une habitation est attestée par les sources au milieu du XVe siècle.

Pierrick STÉPHANT