Fiche

Responsable : 
Fabien BLANC
Période de fouille : 
2009-2013
Localité : 
Grasse (Alpes-Maritimes)
Type d'opération : 
Période : 
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Résumé

L’opération concernait deux caves de l’îlot Pontet-Boucherie dans lesquelles des éléments de carrière avaient été préalablement pressentis. Outre l’étude des traces d’extraction, objet principal de l’intervention, plusieurs sondages ont été réalisés afin d’apporter des précisions sur les éventuels sols de carrières et leur chronologie.

Cave 1

Une tranchée longitudinale d’un mètre vingt de large a été ouverte sur toute la longueur de la cave en son milieu. Elle avait pour objectif de vérifier la présence ou non d’une stratigraphie en place propre à préciser la chronologie d’exploitation/abandon de la carrière identifiée et de caractériser s’il y avait lieu des traces de cette exploitation au sol.

Le sondage s’est révélé globalement négatif. Le substrat affleurait presque partout sous le carrelage moderne. Seule une couche stérile de sables travertineux recouvrait la roche. Elle résulte de la fin d’utilisation de la carrière et de la mise en place du bâti. Aucune trace au sol de l’exploitation n’a été caractérisée. La nature même du substrat, particulièrement faillé et hétérogène dans cet espace, explique largement cette absence de traces. Néanmoins, C. Pédini, en charge de l’étude des traces d’exploitation sur les fronts de taille, a pu relever de nombreux impacts qui permettent de comprendre en partie la logique d’exploitation qui s’est largement adaptée à l’hétérogénéité des bancs travertineux. L’étude montre également que les carriers ont su tirer profit de ces particularités, notamment par l’exploitation de larges poches de sables travertineux (qui semblent résulter d’épisodes torrentiels qui n’ont pas permis au travertin de se former entièrement) qui servent régulièrement à la production de mortier à Grasse.

La présence d’une jarre enterrée, creusée dans le substrat, dont le contenu a été vidé durant les périodes récentes permettra de fixer un terminus relatif au bâti une fois les tampons du col identifiés. L’outil d’extraction qui a permis de creuser a été retrouvé en cale lors du démontage de la jarre.

La voûte ainsi que l’ensemble des maçonneries de cette parcelle reposent directement sur le rocher.

Cave 2

Initialement, une tranchée longitudinale d’un mètre de large devait être opérée dans les mêmes conditions que précédemment. Néanmoins, la présence d’étais sur le tracé de la tranchée impliquait des discontinuités. La tranchée a été ouverte sur une première moitié et il a apparu rapidement que nous nous trouvions dans une situation similaire à ce qui a été mis au jour dans la cave 1. C’est la raison pour laquelle cette tranchée a été avortée et que nous avons pris la décision d’implanter un sondage plus large au droit d’un front de taille qui paraissait présenter des vestiges de bancs abandonnés et non remaniés.

Ce sondage, fortement limité par la présence des étais, a permis de reconnaître sur près d’1,5 m de profondeur un front enfoui et par conséquent préservé. Les traces laissées par l’extraction sont donc vierges de toutes agressions extérieures et ont permis à C. Pédini de préciser notamment la hauteur des moellons extraits (fig. 1 et 2). Les fronts ainsi mis au jour montrent comment les carriers ont travaillé et notamment comment ils réagissent en fonction des zones de failles. Au sol en revanche, la fenêtre d’exploration est trop étroite pour observer des éléments susceptibles de renseigner précisément sur les sens et la stratégie d’extraction de cette zone. La délimitation d’un bloc au sol semble pourtant acquise même si la saignée est mal conservée en raison même de la nature presque détritique du substrat à cet endroit précis. La partie au sol visible à l’étage supérieure a été entièrement nettoyée mais se trouve avoir été trop remaniée pour que des traces tangibles persistent.

La stratigraphie du sondage est des plus simples puisqu’il s’agit d’un remblai unique exogène qui scelle directement l’abandon de la carrière. L’étude du mobilier céramique, ici abondant, permettra de proposer une datation que l’on pressent moderne. L’ensemble des murs de la cave repose directement sur les vestiges de la carrière. On peut affirmer que cette cave a été bâtie dès l’abandon de la carrière et qu’elle n’a pas subie de remaniements importants depuis. Une poutre contemporaine de la construction de l’ensemble est encore en place. Elle a fait l’objet d’un prélèvement dendrochronologique.

Ces résultats permettent d’emblée de reposer la question de la chronologie et de l’emplacement de cette entrée de ville qui était supposée médiévale jusqu’alors. Ils posent également la question de l’exploitation du travertin et de l’économie associée dans cette partie de la périphérie de la ville médiévale. Cette question est renforcée et alimentée par l’opération récente qui vient de s’achever dans l’îlot mitoyen de Sainte-Marthe.

Fabien BLANC